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Des femmes aux commandes de la greentech : l’innovation israélienne au féminin

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • 21 déc. 2025
  • 3 min de lecture
Greentech
Greentech

En Israël, l’innovation environnementale n’est plus seulement une affaire de laboratoires et de start-up fondées par des hommes. Depuis quelques années, une nouvelle génération de dirigeantes s’impose dans la greentech, prenant la tête d’entreprises capables de repenser la manière dont nous produisons, consommons et protégeons nos ressources. À travers leurs parcours, leurs choix technologiques et leur vision du monde, elles dessinent un avenir où durabilité et leadership féminin avancent de concert. Trois figures emblématiques incarnent ce mouvement en pleine expansion.


Parmi elles, Daphna Nissenbaum occupe une place singulière. Co-fondatrice de l’entreprise TIPA, elle s’est attaquée à un problème qui semblait insoluble : celui des emballages flexibles qui représentent une part considérable des déchets plastiques et demeurent presque impossibles à recycler. Après une carrière dans le management et un passage dans le secteur public, elle comprend que la solution n’est pas de réduire marginalement l’usage du plastique mais de le réinventer de manière radicale. Sa réponse prend la forme d’un matériau compostable capable d’imiter à la perfection les propriétés techniques du plastique tout en se décomposant entièrement dans un compost domestique ou industriel.


Daphna Nissenbaum
Daphna Nissenbaum

Le pari était audacieux car les marques, méfiantes et très exigeantes sur la conservation des produits, ne croyaient pas qu’un tel matériau puisse réellement égaler les films traditionnels. Daphna Nissenbaum a pourtant convaincu plusieurs acteurs internationaux et positionné TIPA parmi les références mondiales de l’emballage durable. Elle rappelle souvent que la bataille ne se joue pas uniquement dans les laboratoires mais aussi dans l’éducation des consommateurs, qui confondent trop souvent biodégradable et compostable. Pour elle, une transition écologique crédible doit s’accompagner d’un travail collectif sur le sens des mots et sur l’environnement culturel de l’innovation.


Une autre figure incontournable de la greentech israélienne s’appelle Inna Braverman. Depuis Jaffa jusqu’aux installations pilotes en Méditerranée et au-delà, son entreprise Eco Wave Power exploite un potentiel longtemps délaissé : l’énergie des vagues. Née en Ukraine et survivante d’un accident domestique survenu durant l’explosion de Tchernobyl, elle porte depuis l’enfance une fascination pour l’air pur et les environnements non pollués. Devenue entrepreneuse, elle imagine un système simple et intelligent dans lequel des flotteurs fixés à des structures côtières convertissent le mouvement des vagues en énergie mécanique avant de la transformer en électricité.

Inna Braverman
Inna Braverman

L’idée séduit par sa capacité à s’intégrer sans perturber l’écosystème marin tout en exploitant une source d’énergie disponible à proximité immédiate des zones urbaines. Inna Braverman ne cache pas les difficultés rencontrées, qu’il s’agisse de la corrosion, de la violence des tempêtes ou des réticences de certains investisseurs à soutenir une jeune femme dans un domaine encore dominé par les hommes. Elle poursuit pourtant avec détermination, portée par la conviction que l’énergie houlomotrice peut devenir un complément essentiel du solaire et de l’éolien. À travers son parcours, elle illustre la ténacité nécessaire pour faire bouger les lignes dans l’industrie énergétique mondiale.


Enfin, Anat Halgoa Solomon, s’est engagée sur un terrain décisif pour l’avenir de la région : l’optimisation de l’eau en agriculture. Elle a co-fondé Saturas en 2013 qu'elle a dirigé jusqu'à l'an denier. L'entreprise a développé une technologie de capteurs capables de mesurer directement l’état d’hydratation des arbres fruitiers. Contrairement aux systèmes traditionnels qui analysent l’humidité du sol ou les conditions climatiques, Saturas observe la plante elle-même et transmet des recommandations d’irrigation précises. Cette approche transforme la manière dont les agriculteurs gèrent leurs ressources hydriques et réduit de façon significative la consommation d’eau tout en maintenant, voire en augmentant, les rendements.


Les capteurs sont placés à l’intérieur du tronc, analysent la pression interne et transmettent les données à une plateforme intelligente. L’innovation d’Anat Halgoa Solomon ne se contente pas d’améliorer une pratique agricole existante : elle introduit une nouvelle manière de penser la relation entre l’être humain, la technologie et la nature, dans un pays où chaque litre d’eau compte.


Ces trois dirigeantes ne partagent pas seulement une ambition écologique. Elles ont en commun une approche pragmatique et résolument orientée vers le produit. Toutes trois transforment des contraintes environnementales en opportunités industrielles et économiques. Elles proposent des solutions exportables, capables de rivaliser sur les marchés internationaux tout en renforçant la résilience climatique. Leur succès met également en lumière un paradoxe.


Si Israël reste un leader mondial de l’innovation, la proportion de femmes occupant des postes exécutifs dans la high-tech demeure faible. Ce constat confère une portée symbolique supplémentaire à leur travail, en prouvant qu’un leadership féminin n’est pas seulement souhaitable mais essentiel pour accélérer la transition écologique.


Caroline Haïat



 
 
 

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