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Entre prudence et dialogue : la relation méconnue entre Oman et Israël

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture
Oman
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Dans une région souvent marquée par des positions diplomatiques tranchées, Oman a développé depuis plusieurs décennies une approche singulière vis-à-vis de Israël : prudente, pragmatique et souvent discrète. Sans relations diplomatiques officielles, le sultanat s’est pourtant imposé comme l’un des rares États du Golfe à maintenir des canaux de communication ouverts avec l’État hébreu, combinant dialogue, médiation régionale et calcul géopolitique.


Une relation ancienne mais rarement publique


Les contacts entre Oman et Israël ne datent pourtant pas d’hier. Dès les années 1970, des relations informelles existent entre les deux pays. Mais c’est au milieu des années 1990 que ces liens se révèlent. En 1994, le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin effectue une visite à Mascate, marquant une première historique dans les relations entre Israël et un pays du Golfe. Deux ans plus tard, Israël et Oman ouvrent des bureaux de représentation commerciale dans leurs capitales respectives.


Ces bureaux, qui fonctionnent presque comme de petites ambassades sans statut diplomatique complet, symbolisent alors l’espoir d’une nouvelle ère de coopération régionale après les accords d’Oslo. Cependant, cet élan est brutalement interrompu en 2000 lorsque le sultanat décide de fermer ces représentations à la suite du déclenchement de la Seconde Intifada, sous la pression de l’opinion publique arabe.

Malgré cette rupture officielle, les canaux de communication entre les deux pays ne disparaissent jamais complètement.

La politique étrangère omanaise repose depuis longtemps sur un principe : dialoguer avec tous les acteurs, même lorsque les relations sont sensibles. Cette stratégie, façonnée par l’ancien souverain Qaboos bin Said, vise à positionner Oman comme un médiateur crédible au Moyen-Orient. Dans ce cadre, les contacts avec Israël restent régulièrement actifs, mais souvent à l’abri des projecteurs. L’épisode le plus marquant intervient en octobre 2018 lorsque Netanyahou se rend à Mascate pour rencontrer le sultan Qaboos.

Cette visite surprise, la première d’un dirigeant israélien dans le pays depuis plus de vingt ans, témoigne de la persistance d’un dialogue discret entre les deux États.

Le ministre omanais des Affaires étrangères de l’époque, Yusuf bin Alawi bin Abdullah, avait alors résumé la position du sultanat : Israël est "un État présent dans la région", et il est nécessaire de travailler à une solution politique durable entre Israéliens et Palestiniens.


Une normalisation prudente


Contrairement aux Accords d'Abraham signés en 2020 par plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis et Bahreïn, Oman n’a pas franchi le pas de la normalisation diplomatique avec Israël.


Le sultanat a néanmoins accueilli favorablement ces accords, estimant qu’ils pourraient contribuer à une dynamique régionale de paix, tout en rappelant que toute normalisation complète devrait s’accompagner de progrès vers la création d’un État palestinien.

Cette posture illustre la ligne diplomatique omanaise : soutenir les initiatives de dialogue tout en conservant une certaine distance politique.

Au-delà de la dimension politique, les relations entre Oman et Israël suscitent un intérêt croissant dans les domaines économiques et technologiques. Israël est reconnu pour son écosystème d’innovation, notamment dans les secteurs de la cybersécurité, de l’agriculture en milieu aride et des technologies de l’eau — des domaines particulièrement pertinents pour un pays désertique comme Oman.


Dans les années 1990 déjà, des échanges technologiques et commerciaux avaient commencé à émerger entre les deux pays. Aujourd’hui, plusieurs analystes estiment que ces coopérations pourraient se développer à l’avenir dans des secteurs tels que les technologies agricoles, la gestion de l’eau ou les énergies renouvelables.


Oman
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Un rôle régional stratégique


La position d’Oman s’explique aussi par sa géographie et son rôle diplomatique dans la région. Situé à l’entrée du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques du monde, le sultanat a toujours privilégié une politique de neutralité et de dialogue avec l’ensemble des puissances régionales. Mascate s’est ainsi illustrée comme médiatrice dans plusieurs dossiers internationaux sensibles, notamment entre Iran et les puissances occidentales dans les négociations sur le nucléaire iranien.

Cette capacité à parler à toutes les parties — y compris Israël — constitue l’un des piliers de la diplomatie omanaise.

Entre prudence politique, dialogue discret et ambition de médiation régionale, Oman incarne une forme de diplomatie rare au Moyen-Orient : celle de l’équilibre.


Si la normalisation complète avec Israël n’est pas à l’ordre du jour à court terme, les relations entre les deux pays démontrent qu’au-delà des tensions régionales, certains États privilégient des canaux de communication ouverts, parfois invisibles mais souvent décisifs.


Caroline Haïat



 
 
 

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