Israël révolutionne la culture du cannabis médical grâce aux semences hybrides
- Caroline Haïat

- 7 juin
- 4 min de lecture

Produire du cannabis médical de manière uniforme? C’est le pari risqué qu’a remporté l’entreprise israélienne RCK, basée au kibboutz Rouhama dans le Néguev. La route a été longue mais le succès est grandissant. Durant le conflit déclenché par l'attaque du Hamas le 7 octobre, l'entreprise a notamment dû faire face à des évacuations de personnel, à la mobilisation des réservistes, à des annulations de contrats et à des difficultés financières. Aujourd'hui, RCK est fière de dévoiler une technologie qui a déjà permis d'augmenter la production de semences de 17,5 fois – une avancée majeure qui devrait avoir un impact significatif sur l'ensemble du secteur et contribuer à l'économie régionale. La directrice scientifique de l'entreprise, le Dr Silit Lazare, est à l'origine de cette avancée, présentée lors de la conférence "Semer l'avenir", organisée par le ministère israélien de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire. Découverte d’une innovation très prometteuse.
"Aujourd’hui, la majorité de la culture du cannabis repose sur la propagation végétative. Il s’agit essentiellement de clones prélevés sur une plante mère. Notre technologie est différente car elle utilise de véritables semences hybrides F1. Nous croisons deux lignées parentales soigneusement développées et stabilisées, ainsi nous produisons des lots de semences très uniformes. Pour les producteurs industriels, les semences sont plus faciles à stocker, transporter et manipuler. Elles ont une durée de conservation beaucoup plus longue, ne nécessitent pas l’entretien de pépinières de plantes mères et réduisent certains risques logistiques et phytosanitaires associés au matériel végétatif", a déclaré le Dr Silit Lazare à Itonnews.

Silit Lazare, docteure en sciences, est mariée et mère de quatre enfants. Elle a grandi dans une famille d’agriculteurs et a étudié l’agronomie à la Faculté d’agriculture de l’Université hébraïque et a travaillé dans une pépinière du kibboutz Saad avant d'obtenir sa licence. Lauréate du prix de poésie Uri Zvi Greenberg 2023, elle dirige divers projets à la croisée des sciences, de l'agriculture et de la société, et a reçu de nombreuses distinctions pour son travail dans ces domaines. Ses publications scientifiques portent sur la physiologie et le développement des géophytes, des arbres fruitiers, des plantes ornementales et des plantes médicinales.
Une technologie révolutionnaire
Dans la production de semences hybrides F1, les lignées parentales doivent être hautement stabilisées. Chez le cannabis, comme dans de nombreuses cultures, ces lignées peuvent souffrir de dépression de consanguinité, ce qui peut réduire la vigueur des plantes, les performances de floraison, la production de pollen et le rendement global en semences.

"Chaque étape a dû être développée, testée et validée avec minutie : créer et maintenir des lignées parentales stables, gérer leur vigueur réduite, synchroniser la floraison, produire et manipuler le pollen, contrôler la pollinisation et garantir une production de semences uniforme et de haute qualité. Le plus grand défi a été de comprendre qu’il ne s’agissait pas seulement d’un projet de sélection végétale", affirme Silit.
L’entreprise fait notamment partie des quatre sociétés au monde à produire de véritables semences de cannabis hybrides F1, et l’une d’entre elles a même signé un accord avec RCK pour la fabrication de semences. Cela montre qu’Israël peut jouer un rôle de premier plan dans l’innovation agricole de pointe.

"L’objectif de notre technologie n’est pas de créer de la variabilité, comme on pourrait l’associer aux semences ordinaires. L’idée était surtout d’offrir aux producteurs la constance qu’ils attendent des clones végétatifs, tout en utilisant un système de production basé sur les semences. Cela peut favoriser une culture plus standardisée, un développement plus harmonieux des plantes et une matière première plus homogène pour les produits de cannabis médical", explique le Dr Lazare.

Israël, un acteur de premier plan
Israël joue depuis de nombreuses années un rôle important dans la recherche sur le cannabis, notamment dans les aspects médicaux, biochimiques et pharmaceutiques.
Selon Silit, l’un des principaux défis reste la réglementation. Le cadre réglementaire autour du cannabis est complexe et, bien qu’il soit nécessaire, il rend également la recherche plus lente, plus coûteuse et plus difficile à mener.
"Si Israël parvient à soutenir une recherche rigoureuse tout en réduisant les barrières bureaucratiques inutiles, je pense qu’il pourra rester un leader mondial, non seulement dans la recherche médicale et pharmaceutique sur le cannabis, mais aussi dans les sciences végétales et les technologies agricoles qui la sous-tendent", dit-elle.
Les études de RCK ont été publiées en collaboration avec des institutions de recherche israéliennes de renom, notamment le Volcani Institute et l’Université Ben-Gourion, et d’autres articles sont actuellement en cours d’évaluation.
Un avenir très prometteur pour la culture hybride
Dans de nombreuses autres cultures, les semences hybrides sont devenues la norme parce qu’elles sont efficaces, évolutives et plus faciles à gérer. Cela ne signifie pas que les boutures disparaîtront. Il y aura toujours des variétés patrimoniales, des cultivars de niche et des systèmes spécifiques où la propagation végétative restera pertinente. RCK a également d’autres développements en recherche et développement, mais l’objectif immédiat est clair : démontrer la valeur des premières variétés hybrides dans des conditions de culture commerciales.

Le Néguev occidental vit encore les conséquences du 7 octobre et, à bien des égards, la guerre n’est pas terminée pour les communautés du sud qui vivent dans l’incertitude du lendemain tant que la situation à Gaza n’est pas réglée.
"Dans cette réalité, l’agriculture est bien plus qu’un secteur économique. C’est l’un des moyens par lesquels les communautés restent connectées à leur territoire, leur identité et leur avenir. C’est là que l’innovation peut jouer un rôle important. La technologie peut aider les exploitations à devenir plus efficaces, plus résilientes et moins dépendantes de systèmes de main-d’œuvre ou d’infrastructures fragiles. Elle peut soutenir l’efficacité hydrique, l’automatisation, le suivi des cultures, les cultures protégées et une meilleure prise de décision en situation d’incertitude. L’agriculture enseigne la continuité : on plante, on soigne, on attend, on répare et on recommence. Dans le Néguev occidental, ce n’est pas une métaphore. C’est la vie quotidienne", a conclu le Dr Lazare.
Caroline Haïat




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