Israël: l’insécurité émotionnelle et le désenchantement politique pourraient aggraver les traumatismes


Une nouvelle étude menée auprès de réservistes israéliens suggère que les conséquences psychologiques d’une guerre ne dépendent pas uniquement de l’intensité des combats. En effet, l’insécurité affective et le rapport des soldats à leurs convictions politiques pourraient également jouer un rôle dans la manière dont ils vivent et surmontent un traumatisme. Les chercheurs se sont penchés sur le cas de 357 soldats de réserve israéliens mobilisés et déployés au cours des premiers mois qui ont suivi le 7 octobre. Leurs résultats montrent une association entre l’exposition aux combats et plusieurs conséquences psychologiques, notamment les symptômes de stress post-traumatique, la dépression et certains comportements addictifs.
Selon les auteurs, ces effets apparaissent plus importants chez les soldats présentant un niveau élevé d’anxiété d’attachement ou faisant état d’un fort désenchantement politique.
Le traumatisme ne se limite pas au champ de bataille
L’anxiété d’attachement désigne notamment une forte inquiétude concernant le rejet, la valeur personnelle et la stabilité des relations affectives.
"Nous pensons souvent au traumatisme uniquement comme au produit de ce qui se passe sur le champ de bataille", explique le Dr Uri Lifshin, chercheur à l’Université hébraïque de Jérusalem et au Israel Center for Addiction and Mental Health. "Mais nos résultats montrent que lorsque les soldats se sentent en insécurité ou éloignés des réalités sociales et politiques qui les entourent, ils deviennent beaucoup plus vulnérables à une détresse psychologique sévère", poursuit-il.
Un lien avec la politique?
Les chercheurs ont également observé une association entre certaines caractéristiques politiques et le niveau de détresse psychologique. Parmi les soldats ayant été exposés à des situations mettant leur vie en danger et présentant une forte anxiété d’attachement, ceux qui avaient voté pour le parti d’opposition situé à gauche ont rapporté davantage de détresse psychologique que ceux dont les préférences politiques étaient davantage alignées sur la coalition gouvernementale de droite.
Les auteurs interprètent ce résultat à travers la notion de stabilité idéologique. Pour certaines personnes, les convictions politiques peuvent contribuer à donner un cadre permettant d'interpréter les événements, notamment en période de crise. Lorsque ce cadre est remis en question, il pourrait devenir plus difficile de retrouver un sentiment de contrôle et de cohérence après un événement traumatique.
Cette dimension doit toutefois être interprétée avec prudence : l’étude met en évidence des associations entre différentes variables et ne permet pas, à elle seule, d’établir qu’une orientation politique particulière provoque directement davantage ou moins de traumatismes.
L’étude établit également des liens indirects entre l’exposition au combat, l’insécurité émotionnelle, certains facteurs politiques et différents comportements problématiques.
Les chercheurs ont notamment examiné la consommation excessive d’alcool, la consommation de cannabis, les jeux d’argent, la consommation de pornographie et les comportements liés aux jeux vidéo.
Ces comportements pourraient, selon leur interprétation, fonctionner comme des stratégies d’évitement ou de soulagement face aux souvenirs intrusifs, à l’anxiété et à la détresse psychologique.
Les chercheurs mettent en avant l’importance de prendre en compte les relations personnelles, le sentiment de sécurité émotionnelle et l’environnement social dans lequel les soldats retrouvent leur vie civile.
Caroline Haïat





Commentaires