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Israël : le suffrage bédouin au cœur des enjeux du scrutin de 2026

Photo du rédacteur: Caroline Haïat
Caroline Haïat
il y a 9 heures
5 min de lecture

Le 27 octobre prochain, l’avenir d’Israël se jouera dans les urnes. L’élection du nouveau Premier ministre, après trois ans de guerre, est cruciale pour la suite des opérations face aux sept fronts sur lesquels Israël mène une lutte acharnée. Le scrutin qui approche compte cette année mobiliser une large partie des citoyens avec un focus particulier sur les Arabes israéliens qui représentent environ 17 % de l'électorat éligible. Parmi eux, la communauté bédouine du Néguev qui comptait environ 150.000 personnes éligibles en 2022, constitue un réservoir électoral non négligeable. Alors que de nombreux Bédouins ne savent toujours pas s’ils prendront partie à ces élections, leur voix pourrait être déterminante. Si leur participation progressait fortement, les partis ne pourraient plus considérer le Néguev comme un simple bastion électoral acquis. Ils devraient courtiser un électorat plus nombreux et potentiellement capable de peser sur la composition de la prochaine Knesset.


Le poids du vote arabe a d’ailleurs considérablement augmenté au cours des dernières décennies : en 1992, les électeurs bédouins représentaient environ 8,6 % de l’ensemble des électeurs des localités arabes et druzes, hors villes mixtes. En 2013, cette proportion était passée à 12,7 %, avant d’atteindre 15,4 % en 2022. En trente ans, le poids électoral des Arabes du Néguev a donc presque doublé. Pourtant, ce potentiel reste largement sous-exploité. En 2022, la participation des Bédouins du Néguev était estimée à seulement 51 %, contre 68 % chez les autres populations juives et 54 % chez les autres populations arabes.


Ces chiffres ne signifient pas que ces voix se transformeraient automatiquement en sièges. Leur impact dépendrait notamment de leur répartition entre les partis, du nombre de listes franchissant le seuil électoral et du rapport de forces national. Mais dans une élection où quelques sièges pourraient suffire à faire ou défaire une coalition, une telle mobilisation pourrait modifier les équilibres.


Un vote capital pour l’électorat bédouin


Pour Fareed, habitant de Rahat, qui attend avec impatience de placer son bulletin dans l’urne le 27 octobre, il s’agit de "l’élection la plus importante de l’histoire d’Israël."


"Pour la première fois, les gens disent qu’une non participation au vote dans la communauté arabe aurait des conséquences néfastes sur la sécurité avec la hausse de la criminalité, mais aussi sur le maintien des démolitions des maisons bédouines. Le vote arabe est très important notamment pour l’investissement dans la société arabe; il faut mettre l’accent sur l’amélioration de nos conditions de vie, en faisant de nous des citoyens à part entière", a-t-il déclaré.

Fareed attend notamment de la part du nouveau gouvernement qu'il considère les Bédouins comme égaux au reste des citoyens du pays, et qu’il se rende compte que sans eux, le Néguev ne sera pas prospère et ne pourra pas se développer correctement. Il espère aussi qu’il reconnaisse l’ensemble des villages bédouins et attribue les mêmes droits aux bédouins, car malheureusement cette population reste encore trop souvent à la marge et peine à s’émanciper dans la dignité qu’elle mérite. 


"J’aimerai que le nouveau Premier ministre voit le Néguev comme le futur d'Israël. Chaque jour, Juifs et Bédouins travaillent ensemble sans aucun souci dans les hôpitaux, les cliniques, les centres commerciaux, les pharmacies, les supermarchés ; on doit exporter ce modèle à l’ensemble du pays et agir pour une vraie égalité entre les citoyens. Cela passe par un leader qui mettra l’accent sur la communauté bédouine et accordera les budgets nécessaires afin d' encourager son essor", affirme Fareed.


Pour que le poids de la voix arabe se traduise réellement dans les urnes, encore faut-il que les électeurs puissent et veuillent voter. Dans certains villages non reconnus, l’accès aux bureaux de vote constitue lui-même un obstacle. Dans certains cas, les électeurs doivent parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre leur bureau de vote. Mais les obstacles matériels ne suffisent pas à expliquer l’abstention. Derrière les statistiques se trouve aussi une défiance politique profonde.


Sanaa, habitante de Hura et mère de sept enfants, en est l’illustration. Lors des dernières élections, elle avait pourtant voté pour le parti Bleu Blanc de Benny Gantz. Cette fois, elle ne compte pas se rendre aux urnes. "Pour être honnête, j’ai perdu confiance", avoue-t-elle timidement.


Son désenchantement ne porte pas seulement sur un parti ou sur un candidat. Il traduit une frustration plus générale face à des promesses électorales qui, selon elle, ne se traduisent pas suffisamment dans la vie quotidienne.


"On nous demande de voter à chaque élection, on nous promet des choses, puis après les élections, on ne voit pas vraiment de changement. Mes préoccupations sont très concrètes : leur éducation, leur sécurité, leur avenir, le travail, les routes, les services dans notre village. Je ne veux plus voter simplement parce qu’on me dit que c’est important. Je veux voir des résultats sur le terrain, et constater que notre réalité change", affirme-t-elle à Itonnews.


Pour Sanaa, le problème est aussi celui d’une relation qu’elle juge trop intermittente entre les responsables politiques et la population bédouine.


"Dans les villages bédouins, nous avons encore des problèmes qui devraient être réglés depuis longtemps. Quand on élève sept enfants, on voit immédiatement les conséquences du manque de services, des difficultés de transport, du manque d’opportunités et des problèmes d’infrastructures. J’ai parfois l’impression que nous sommes importants pour les politiciens uniquement lorsqu’ils ont besoin de nos voix", dit-elle.


Transformer un potentiel électoral important en véritable pouvoir politique


Pour les partis, l’enjeu n’est pas seulement de convaincre les électeurs bédouins de voter. Il est aussi de leur donner une raison de croire que leur bulletin aura des conséquences concrètes. Logement et reconnaissance des villages non reconnus, infrastructures, eau et électricité, éducation, emploi, transports, sécurité et protection civile figurent parmi les principales attentes.


La question de la sécurité est devenue particulièrement sensible. Les difficultés d’accès aux abris et aux infrastructures de protection dans certaines communautés bédouines ont rappelé que l’égalité devant le vote ne signifie pas nécessairement égalité dans les conditions de vie. Dans les villages non reconnus, ces préoccupations se superposent aux problèmes plus anciens liés à l’absence de services et d’infrastructures.


Pour les femmes, les attentes vont également au-delà de la seule question communautaire : accès aux études supérieures, formation professionnelle, emploi, entrepreneuriat et participation aux décisions publiques sont autant de sujets susceptibles de déterminer leur rapport au vote.


Sanaa résume ainsi ce qui pourrait lui permettre de retrouver confiance :


"Je voudrais que les responsables politiques viennent aussi après les élections, qu’ils rendent des comptes et qu’ils nous disent ce qui a été fait. J’aimerais surtout que les femmes bédouines soient davantage écoutées. Nous sommes des mères, nous connaissons les problèmes de nos familles et de nos communautés. Si on nous donne une vraie place dans les décisions, et si je vois des résultats concrets, alors peut-être que je retrouverai l’envie de voter", dit-elle.

La question est donc moins de savoir combien de Bédouins voteront que de savoir ce que les partis seront prêts à leur proposer pour obtenir leurs voix. Dans une élection qui pourrait se jouer à quelques sièges, les quelque 27 700 voix supplémentaires qu’impliquerait une participation de 70 % ne garantiraient aucun siège à elles seules. Mais elles pourraient rendre le vote bédouin suffisamment important pour que les partis ne puissent plus se permettre de l’ignorer.


Caroline Haïat


 
 
 

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