Israël : quand l'IA permet d'éviter l'hôpital
- Caroline Haïat

- il y a 10 minutes
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Le vieillissement de la population entraîne une augmentation constante du nombre de personnes vivant avec plusieurs maladies chroniques. Diabète, insuffisance cardiaque, hypertension, maladies pulmonaires ou rénales se cumulent souvent chez les patients âgés, faisant de leur prise en charge l'un des plus grands défis auxquels sont confrontés les systèmes de santé. Ces patients sont particulièrement exposés aux complications, aux hospitalisations répétées et aux réadmissions, ce qui représente un coût humain et financier considérable.
Une étude menée par Clalit Health Services, la plus grande organisation de santé d'Israël, apporte aujourd'hui une réponse prometteuse à cette problématique. Publiée dans la revue scientifique Nature Communications, elle démontre qu'un programme innovant associant intelligence artificielle et accompagnement personnalisé permet de réduire significativement les hospitalisations des patients les plus vulnérables.
L'étude, dirigée par le professeur Ran Balicer, directeur de l'innovation et directeur général adjoint de Clalit, en collaboration avec la professeure Efrat Shadmi de l'Université de Haïfa, a porté sur près de 1 800 patients souffrant de plusieurs maladies chroniques. Les résultats sont particulièrement remarquables. Les hospitalisations non programmées ont diminué de 46 %, le nombre total de jours passés à l'hôpital a été réduit de 56 % et les réadmissions dans les trente jours suivant une sortie d'hôpital ont chuté de 69 %.
Au cœur de cette réussite se trouve le programme Guided Care and Support, lancé par Clalit en 2013. Son fonctionnement repose sur une approche de médecine prédictive. Grâce à des algorithmes d'intelligence artificielle, les vastes bases de données médicales de Clalit sont analysées afin d'identifier les patients présentant un risque élevé de dégradation de leur état de santé ou d'hospitalisation.
Une fois ces patients repérés, ils bénéficient d'un accompagnement assuré conjointement par une infirmière référente et leur médecin de famille, qui élaborent un plan de soins individualisé prenant en compte non seulement leur état clinique, mais également leurs capacités et leur environnement quotidien.
Cette stratégie permet d'intervenir bien avant l'apparition de complications nécessitant une hospitalisation. Les équipes médicales peuvent ajuster les traitements, assurer un suivi plus étroit et répondre rapidement aux premiers signes d'aggravation.
Le programme est aujourd'hui déployé dans plus de quarante cliniques à travers Israël et a déjà bénéficié à près de 10 000 patients. L'un des enseignements majeurs de l'étude est que son efficacité s'est maintenue alors même que le nombre de patients suivis par chaque infirmière a augmenté d'environ 50 %, démontrant que ce modèle est suffisamment robuste pour être étendu à une plus grande échelle.
Pour le professeur Ran Balicer, cette approche marque un changement profond dans la manière d'envisager les soins. "Les systèmes de santé du monde entier recherchent des solutions face à l'augmentation du nombre de personnes vivant avec plusieurs maladies chroniques. Au lieu d'attendre que leur état se détériore et entraîne une hospitalisation, nous utilisons l'intelligence artificielle et les données médicales pour identifier les patients à risque, intervenir de manière proactive et prévenir de nombreuses complications. Nous passons ainsi d'une médecine qui réagit aux crises à une médecine qui les anticipe", explique-t-il.
Si l'intelligence artificielle joue un rôle essentiel dans l'identification des patients les plus à risque, les responsables du programme insistent sur le fait que la technologie ne remplace jamais l'humain. "La technologie identifie le risque, mais ce sont les infirmières qui transforment ces données en actions concrètes. Elles établissent une relation de confiance avec les patients, détectent précocement toute dégradation de leur état de santé et les accompagnent dans un système médical devenu particulièrement complexe", souligne Sefy Subol Roytblat, responsable des soins infirmiers de la division communautaire de Clalit.
Les témoignages des patients illustrent l'impact concret de cette approche. Miriam, 76 ans, atteinte de diabète, d'insuffisance cardiaque et d'une maladie rénale, explique qu'avant son intégration au programme, les passages aux urgences étaient fréquents. "Aujourd'hui, quelqu'un me connaît, me téléphone régulièrement et veille sur moi. Je n'ai plus été hospitalisée depuis plus d'un an", confie-t-elle. Yosef, 69 ans, qui souffre de quatre maladies chroniques, raconte quant à lui qu'il se sentait perdu entre les différents spécialistes et les nombreux traitements. "Le programme m'a donné un interlocuteur unique et un véritable sentiment de sécurité. Il a changé ma vie", affirme-t-il.
Une innovation prometteuse qui place Israël toujours en tête des pays leaders du changement en matière de santé.
Caroline Haïat



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