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Israël : quand le temps de travail ne suffit plus

Photo du rédacteur: Kaid Abulatif
Kaid Abulatif
il y a 15 heures
3 min de lecture
Rahat
Rahat

On peut travailler plusieurs heures par jour sans relâche et constater, un an plus tard, que l’on n’a progressé ni professionnellement ni personnellement. La question n’est donc pas seulement de savoir quelle quantité de travail a été accomplie, mais où le temps investi donne le plus de valeur. Dans le Néguev, cette question s'apparente à la réflexion suivante : quand les habitants pourront-ils réellement accorder leur temps dans leur avenir plutôt que dans leur sécurité et leur dignité ?


La communauté arabe dispose pourtant d’une importante énergie entrepreneuriale : commerces, entreprises familiales, artisanat et initiatives portées par les jeunes. Mais ces efforts restent souvent dispersés et privilégient la stabilité plutôt que la croissance.

Le manque de structures collectives limite leur potentiel : financement de projets, incubateurs locaux, réseaux de commercialisation communs ou coopération entre entrepreneurs pourraient permettre de transformer les initiatives individuelles en une force économique plus importante.


La volonté de travailler et la persévérance existent déjà. Ce qui manque davantage est une organisation capable de convertir cette énergie en capital économique durable.

Mais cette transformation nécessite un environnement sûr. Un entrepreneur qui craint pour son entreprise ou sa famille consacrera davantage de temps à la prudence qu’à l’expansion.


Entre héritage et État moderne


Cette situation renvoie à une adaptation plus profonde du monde bédouin. Le désert n’est plus le désert, la tribu n’est plus la tribu et la ville n’est plus une grande tente. Ces changements ont profondément modifié la manière dont le pouvoir, la protection et les relations sociales sont organisés.


Cette réflexion fait écho aux travaux de l’historien, géographe et généalogiste Atiq bin Ghaith al-Baladi, qui a consacré une grande partie de son œuvre à documenter la société traditionnelle de la péninsule Arabique. Dans La morale bédouine, l’auteur saoudien explore notamment le rôle de la tribu, des coutumes, de l’honneur, de la chevalerie et de la générosité.


Né dans la région de Khulais, en Arabie saoudite, al-Baladi a publié plus de quarante ouvrages consacrés aux généalogies, aux territoires, à l’histoire et aux voyages de la péninsule. Son travail témoigne d’une volonté de préserver un patrimoine social au moment où celui-ci se transforme. Aujourd’hui, le défi consiste à préserver les valeurs positives de cet héritage tout en faisant de la loi et des institutions modernes le cadre commun de la société.


Quand la dignité devient violence


La dignité, la solidarité, la générosité et la loyauté constituent une partie essentielle de cet héritage. Mais ces valeurs perdent leur fonction lorsqu’elles deviennent des justifications de la violence ou du silence. La dignité ne devrait pas devenir vengeance, la loyauté ne devrait pas signifier protéger un crime et la réconciliation ne devrait pas consister à faire taire une victime. À l’inverse, l’État moderne ne peut demander aux individus d’abandonner leurs réseaux traditionnels sans leur garantir une protection institutionnelle effective.


En 2025, la police israélienne a recensé 309 victimes d’homicides, dont 241 au sein de la communauté arabe. La même année, 226 nouveaux orphelins liés à la criminalité ont été ajoutés à la liste noire, selon des données présentées à la Knesset.


Lorsque les habitants ont peur dans leur quartier, leur comportement change. Ils hésitent à investir, à développer leur activité ou à prendre des risques. Lorsqu’ils ne font pas confiance aux institutions, ils cherchent d’autres formes de protection.

La responsabilité ne peut toutefois être attribuée à un seul acteur. L’État doit assurer la sécurité et l’application de la loi, tandis que la société porte également une responsabilité face à la prolifération des armes, au silence et à la protection des agresseurs.


L’objectif n’est donc pas de choisir entre patrimoine et modernité. Il s’agit de préserver de l’héritage ce qui renforce la société - dignité, générosité, solidarité et loyauté - tout en faisant de la loi le cadre commun de protection.


Kaid Abulatif



 
 
 

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