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La question identitaire dans la société arabe israélienne (analyse)

Photo du rédacteur: Kaid Abulatif
Kaid Abulatif
il y a 19 minutes
3 min de lecture


Tel Aviv
Tel Aviv

Les jeunes qui s'emparent aujourd’hui des réseaux sociaux ne sont plus ceux qui étaient au cœur des soulèvements du printemps arabe en 2011. En quelques années, leurs préoccupations ont évolué : aux revendications politiques ont succédé des aspirations économiques, notamment la recherche d’opportunités et le développement de petites entreprises. Mais derrière cette évolution demeure une question essentielle : qui est l’Arabe ?


Lors d’une rencontre avec le docteur Abdelraouf Rawabdeh, ancien Premier ministre jordanien et figure politique majeure du pays, la question de l’identité arabe est revenue au centre des échanges. Elle résonne également chez les étudiants de Beersheva, confrontés quotidiennement à la question de leur appartenance et de leur place dans la société. L’identité ne disparaît pas parce que la société se modernise. Elle se transforme, se négocie et parfois se défend.


Dans son Encyclopédie des mythes arabes de la période préislamique et de leurs significations, Mohamed Ajina décrit un univers peuplé de créatures invisibles, de ghouls, de Tabi'a et de Nasnas. Il dépeint la peur du cheikh vieillissant craignant que le désert ne l'engloutisse traîtreusement par l'intermédiaire de "l'ogre". Cette horreur va au-delà de la mort, au-delà de "l’effacement géographique" qui le prive d’une tombe sur laquelle ses enfants se recueilleront. Ces récits ne sont pas seulement des histoires fantastiques. Ils témoignent aussi d’une société confrontée à la peur, à l’inconnu et à la disparition.


La figure d’Umm al-Sibyan, notamment, renvoie à une peur ancienne : celle de ce qui menace les enfants, la famille et la continuité du groupe. Cette peur de l’effacement peut également être lue dans le rapport contemporain à la violence et à l’identité.


L'historien Robert Hoyland a montré l’importance des inscriptions rupestres dans l’étude des premières sociétés arabes. Ces inscriptions constituent une manière de laisser une trace, de rendre une présence visible et durable. Aujourd’hui, la violence peut parfois fonctionner comme une autre forme d’"inscription".

Les tirs, les armes et le bruit deviennent une manière brutale de signaler une présence. Lorsqu’un individu ou un groupe estime que sa voix n’est pas entendue par les institutions, la violence peut devenir un langage.


Cela recoupe la thèse du professeur Khaldoun Al-Naqeeb sur le conflit entre le fanatisme tribal et l’État contemporain. Lorsque les forces de l’ordre reculent, l’appartenance au fanatisme devient le seul mécanisme de couverture disponible, et les règlements de comptes constituent la "loi alternative" pour rétablir l’équilibre des pouvoirs perdu. La société n’agit pas par ignorance mais selon une logique de survie primitive, la violence devenant un outil permettant de produire une sécurité individuelle temporaire en l’absence d’une sécurité institutionnelle durable.


Construire davantage de structures, renforcer la sécurité ou multiplier les dispositifs institutionnels peut traiter les symptômes sans répondre à la question fondamentale : que signifie être reconnu ? Cette question prend une dimension particulière avec les décisions politiques concernant la représentation arabe en Israël.


Le 23 septembre, la Commission électorale centrale a voté sur la disqualification des partis arabes ainsi que de certaines candidatures dont celles de Sami Abu Shehadeh et d'Ofer Cassif. Les décisions doivent encore être examinées par la Cour suprême.

Au-delà des procédures juridiques, ces événements alimentent chez une partie de la population arabe le sentiment d’un nouvel effacement politique.


Pourtant, la réponse à cet effacement ne peut pas être le retrait.


La participation politique reste l’un des moyens essentiels pour transformer une présence démographique en représentation réelle. Voter, participer à la vie publique, créer des entreprises, construire des institutions et défendre son identité sont autant de façons de laisser une trace.


La question n’est donc peut-être pas de savoir si la victimisation est la solution mais plutôt de comment sortir d’une logique dans laquelle l’identité se construit uniquement dans l’opposition, la peur ou la violence.


Kaid Abulatif



 
 
 

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