Trois ans après le 7 octobre, les Israéliens prennent leurs distances avec l’Europe


Une nouvelle édition du Baromètre de l’Université hébraïque et du Forum européen met en évidence une évolution du regard des Israéliens sur leur identité, leur sécurité et leurs relations avec l’Europe depuis la tragédie du 7 octobre. Trois ans après les atrocités, la perception qu’ont les Israéliens de leur pays et de ses relations avec l’Europe semble avoir profondément évolué. En effet, les Israéliens déclarent avoir un sentiment d’identité israélienne renforcé, tandis qu’une part croissante de la population considère désormais Israël comme davantage ancré au Moyen-Orient qu’en Europe.
Le baromètre, dirigé par la professeure Gisela Dachs, analyse régulièrement les perceptions réciproques entre Israël et plusieurs pays européens. Lancé en 2022, il permet notamment de comparer les évolutions de l’opinion au fil des années.
Une identité israélienne renforcée
En 2026, 42 % des Israéliens interrogés considèrent Israël comme un pays du Moyen-Orient, contre seulement 18 % qui le rapprochent davantage de l'Europe. Chez les Arabes israéliens, la proportion de personnes considérant Israël comme un pays du Moyen-Orient a plus que triplé depuis 2022.
En 2022, 31 % des Israéliens interrogés considéraient déjà Israël comme davantage proche du Moyen-Orient, contre 23 % qui le rapprochaient de l'Europe.
Une large majorité des Israéliens interrogés considèrent Israël comme plus sûr pour les Juifs que l'Europe. Les Européens interrogés sont, eux, beaucoup plus partagés sur cette question. La Pologne se distingue parmi les quatre pays européens étudiés, avec 35 % des personnes interrogées estimant qu'Israël constitue l'endroit le plus sûr pour les Juifs.
Cette divergence de perception intervient alors que la question de la sécurité des communautés juives européennes occupe une place croissante dans les débats publics depuis le 7 octobre.
Un regard plus critique sur l’Union européenne
Le rapport fait également apparaître un durcissement du regard porté sur l'Union européenne.
Par rapport à 2024, davantage d'Israéliens interrogés ne considèrent plus l'UE comme une réussite. Cette évolution est particulièrement marquée chez les Israéliens juifs.
Elle s'inscrit dans un contexte de relations devenues plus complexes entre Israël et plusieurs gouvernements européens depuis le début de la guerre à Gaza. Le baromètre cherche précisément à mesurer ces perceptions dans le temps plutôt qu'à analyser uniquement les relations diplomatiques officielles.
Les Israéliens continuent toutefois de différencier fortement les pays européens.
L'Allemagne arrive en tête des pays considérés comme amis d'Israël, devant la Hongrie. À l'inverse, les Pays-Bas ont enregistré une forte baisse de leur image auprès des Israéliens et figurent désormais parmi les pays perçus comme les moins favorables à Israël.
Le rapport montre également que l'histoire continue de jouer un rôle important dans la perception de l'Allemagne. En 2026, 67 % des Israéliens juifs interrogés estiment que l'Allemagne actuelle est une « Allemagne différente » de celle d'avant 1945, contre 75 % en 2024.
Autre résultat particulièrement marquant : lorsqu'ils sont invités à identifier les pays européens qu'ils perçoivent comme les plus antisémites, les Israéliens citent le plus souvent la France et l'Espagne.
Le Baromètre 2026 repose sur des enquêtes réalisées par Kantar en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et en Pologne, avec environ 1 000 personnes interrogées dans chaque pays. En Israël, l'échantillon compte 1 003 répondants. Les enquêtes européennes ont été menées en juin et juillet 2026, tandis que le terrain israélien a été réalisé en mai.
Les résultats dessinent ainsi une relation Israël-Europe plus fragmentée qu'auparavant : Israël apparaît davantage comme un pays du Moyen-Orient aux yeux de ses propres citoyens, tandis que l'Europe est de plus en plus perçue à travers le prisme de la sécurité, de l'antisémitisme et des positions prises depuis le 7 octobre.
Caroline Haïat





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