7 octobre : une étude révèle les conséquences désastreuses sur la santé mentale
- Caroline Haïat

- il y a 1 jour
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Dans les heures et les jours qui ont suivi le massacre du 7 octobre 2023 en Israël, le bilan humain immédiat était visible. Il était toutefois bien plus difficile d'appréhender les conséquences psychologiques qui se feraient sentir dans les mois et les années à venir. Comment réagir lorsque la guerre, les réservistes mobilisés de façon prolongée, les déplacements de population, les deuils, l'incertitude économique et les menaces répétées continuent de marquer le quotidien ?
Une nouvelle étude publiée dans Frontiers in Psychiatry apporte des éléments de réponse à cette question, en proposant la première synthèse des conséquences psychiatriques sur de multiples symptômes au cours des deux premières années suivant le 7 octobre.
Rassemblant 68 études, cette revue offre un panorama complet de la recherche en pleine expansion sur la santé mentale en Israël après le 7 octobre. Plutôt que d'examiner une population ou un trouble psychiatrique spécifique, les chercheurs ont analysé les symptômes de stress post-traumatique (SSPT), l'anxiété, la dépression et les problèmes de dépendance. Ils se sont intéressés non seulement à la manière dont la détresse psychologique s'est manifestée, mais aussi aux personnes les plus vulnérables, au lien entre les différentes formes d'exposition et la santé mentale, et aux conséquences d'un traumatisme survenant dans un contexte de menace persistante.
L'étude a été menée par le Dr Michal Cohen et le Pr Mario Mikulincer du Centre israélien de toxicomanie et de santé mentale (ICAMH) de l'Université hébraïque de Jérusalem, en collaboration avec le doctorant Maor Daniel Levitin, affilié à l'ICAMH/Université hébraïque et à l'Université de Tel Aviv, et en partenariat avec le Centre israélien de toxicomanie (ICA).
Pas de récit unique du traumatisme en Israël
L'une des conclusions majeures de cette revue est qu'il n'existe pas de réponse psychologique unique au traumatisme collectif. Dans l'ensemble des études, les individus ont suivi des parcours différents. Chez certaines personnes, les symptômes ont diminué avec le temps, tandis que chez d'autres, la détresse psychologique est restée élevée.
Ce qui semblait déterminant n'était pas simplement le fait d'avoir vécu la guerre, mais l'intensité, la continuité et l'accumulation de l'exposition, ainsi que les vulnérabilités individuelles, sociales et structurelles.
Le stress post-traumatique était particulièrement associé à une exposition directe, cumulative et liée au rôle. Les réservistes sont apparus comme l'une des populations les plus touchées. Parmi les réservistes, certaines expériences de combat, notamment les combats rapprochés, l'exposition à des restes humains et les blessures physiques, étaient associées à des niveaux plus élevés de symptômes de stress post-traumatique. Plus généralement, les symptômes sont restés élevés chez certains groupes soumis à une exposition prolongée ou à une tension continue liée au rôle.
L'anxiété et la dépression ont également été largement documentées. Bien que les symptômes aient diminué avec le temps chez certains groupes, ils sont restés élevés chez les personnes confrontées à une menace persistante et à des facteurs de stress continus, notamment les réservistes, les personnes évacuées et les personnes endeuillées. Et l'exposition directe ne représentait qu'une partie du problème. La perte d'êtres chers, les déplacements forcés, la perte de revenus, les attaques de missiles prolongées, l'insécurité alimentaire et une forte médiatisation ont également été associés à une augmentation de l'anxiété et des symptômes dépressifs.
L'étude met également en évidence des symptômes accrus au sein de plusieurs autres populations confrontées à des formes particulières de vulnérabilité et de stress.
Parallèlement, la recherche souligne des facteurs susceptibles d'offrir une protection. Un soutien social perçu plus important, en particulier de la part des amis et des proches, a été associé à des niveaux plus faibles de symptômes de stress post-traumatique.
Cette distinction a des conséquences pratiques pour Israël : si l'exposition et la vulnérabilité sont inégales, il est peu probable que les besoins en santé mentale le soient également.
D'une crise nationale à une prise en charge ciblée
Cette analyse délivre un message pratique aux cliniciens, aux décideurs politiques et aux organisations qui planifient la réponse à long terme d'Israël en matière de santé mentale : une crise nationale n'implique pas nécessairement que tous requièrent la même prise en charge.
Une autre information importante se dégage de cette recherche : le rétablissement ne peut se mesurer uniquement à la diminution des symptômes. L’anxiété et la dépression étaient également associées à une baisse de la qualité de vie liée à la santé et à une altération du fonctionnement quotidien.
Pour un pays qui tente de se reconstruire alors que de nombreuses sources de stress persistent, cela modifie les questions que les systèmes de santé mentale doivent se poser. Il ne s’agit pas seulement de savoir si les personnes sont moins anxieuses ou moins déprimées. Il s’agit aussi de savoir si elles peuvent travailler, prendre soin de leur famille, maintenir des relations, réintégrer leur communauté et reprendre des activités quotidiennes significatives.
Deux années de données et une histoire qui continue de s’écrire
La plupart des données existantes reposent sur des outils de dépistage plutôt que sur des évaluations diagnostiques complètes, et les études transversales sont fréquentes, ce qui limite la possibilité d'établir des liens de causalité. Certaines populations susceptibles de supporter un fardeau psychiatrique important – notamment le personnel militaire en service actif, les familles de militaires, les enfants et les adolescents – étaient comparativement sous-représentées dans les recherches disponibles.
Les auteurs appellent donc à des recherches longitudinales soutenues, s'étendant au-delà de la période de crise aiguë. Ces travaux seront essentiels pour déterminer si l'augmentation des symptômes représente des réponses temporaires à des circonstances exceptionnelles ou si elle évolue vers des troubles psychiatriques persistants nécessitant une intervention à plus long terme.
L'étude suggère également que la notion de "conséquences" pourrait s'avérer insuffisante pour aborder les événements du 7 octobre. Pour de nombreux Israéliens, le traumatisme initial a été suivi d'une incertitude persistante, de menaces répétées, de déplacements, de pertes, du service militaire et d'autres facteurs de stress cumulatifs. Dans l'ensemble des recherches analysées, la persistance et la gravité des symptômes psychiatriques étaient associées non seulement à l'exposition elle-même, mais aussi à la continuité et à l'accumulation des facteurs qui ont suivi.
La principale leçon à retenir est la suivante : les conséquences psychologiques du 7 octobre ne peuvent être comprises en se contentant de se demander si les Israéliens ont été exposés à un traumatisme. Il est également essentiel de comprendre l'intensité de cette exposition, sa durée, les facteurs qui s'y sont accumulés et les ressources personnelles et sociales dont disposaient les individus pour tenter de se rétablir.
Cette compréhension pourrait s'avérer cruciale pour Israël, qui passe de la réponse à une urgence de santé mentale immédiate à la confrontation à un défi de plus long terme : comment soutenir le rétablissement dans une société ayant vécu un traumatisme collectif et continuant d'en subir les conséquences ?
Caroline Haïat





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