A Jérusalem, des cliniques improvisées pour les évacués de Bet Shemesh
- Caroline Haïat

- il y a 9 heures
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Après la frappe de missile qui a endeuillé la ville de Bet Shemesh, coûtant la vie à neuf habitants et contraignant des centaines de familles à quitter leur domicile, la vie de nombreux civils a basculé en quelques heures. Relogés dans des hôtels à Jérusalem, les évacués doivent désormais faire face à une double épreuve : le traumatisme de l’attaque et la réalité brutale du déracinement.
Mais au cœur de cette crise, une mobilisation rapide et remarquable du système de santé israélien a permis de recréer, en urgence, un filet de sécurité essentiel.
En quelques heures seulement, le principal organisme de santé du pays, Clalit a mis en place des cliniques temporaires directement au sein des hôtels accueillant les évacués. Médecins, infirmiers, psychologues et spécialistes y assurent désormais des consultations de médecine générale, le suivi des patients chroniques, le renouvellement des ordonnances et un accompagnement psychologique indispensable face au choc.
Au-delà des soins médicaux classiques, des approches complémentaires ont également été intégrées. Massages, séances de shiatsu et même une clinique dentaire mobile — proposant des soins d’urgence gratuits — témoignent d’une prise en charge globale, attentive à la fois au corps et à l’esprit. Mais pour beaucoup, le moment le plus marquant n’a pas été un traitement ou une consultation, mais une rencontre.
Lorsque le Dr Yonatan Lifshitz, médecin de famille à Bet Shemesh, a franchi les portes de l’hôtel, l’émotion a été immédiate. Plutôt que d’attendre le retour de ses patients, il a choisi de venir à eux. Un geste simple, mais profondément symbolique. Certains des évacués sont suivis par lui depuis des années. Plusieurs ont tout perdu dans l’attaque. "J’ai envisagé de retourner à Bet Shemesh malgré la peur, juste pour voir mon médecin et récupérer mes médicaments restés dans ma maison détruite", confie Yaron, 58 ans. "Le voir ici, à l’hôtel, mon médecin de confiance, m’a profondément touché."
Pour le Dr Lifshitz, ce déplacement s’est imposé comme une évidence : "Quand j’ai appris que mes patients avaient été évacués, il était clair pour moi que je devais aller les voir. Parfois, au-delà du traitement, le simple fait de retrouver un visage familier apporte une stabilité essentielle."

Ce lien humain est au cœur de la médecine communautaire israélienne. "Elle repose avant tout sur la confiance entre le patient et son médecin", souligne Erez Levy, directeur du district de Jérusalem de Clalit. "Voir un médecin rejoindre ses patients dans un hôtel est un exemple fort de l’engagement de nos équipes. C’est dans ces moments que la solidité du système est mise à l’épreuve."
Sur le terrain, les équipes médicales continuent d’intervenir sans relâche, dans les cliniques, sur le terrain et désormais dans les hôtels, afin d’assurer non seulement la continuité des soins, mais aussi un sentiment de sécurité pour des populations fragilisées.
Ronen Nudelman, directeur général adjoint de Clalit et responsable de la division communautaire, s’est lui aussi rendu sur place pour soutenir les équipes. "Je suis venu remercier celles et ceux qui, sur le front civil, ne cessent d’accompagner les patients avec un dévouement exemplaire. Notre engagement est clair : être présents partout, en toutes circonstances, pour que personne ne soit laissé de côté."
Alors que Bet Shemesh tente de se relever, une chose apparaît avec force : au-delà des infrastructures et des dispositifs d’urgence, c’est la capacité humaine à maintenir le lien, à recréer du repère et à soigner dans la proximité qui fait aujourd’hui la différence.
Dans ces hôtels transformés en lieux de vie provisoires, la médecine n’est plus seulement un service — elle devient un ancrage, une présence, un signe tangible que, même loin de chez soi, on n’est pas seul.
Caroline Haïat




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