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Dana Schneider, la voix des Juifs mizrahim au cinéma

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture
Nice Jewish Girl
Nice Jewish Girl

L’influence des origines sur la production artistique. La jeune Dana Schneider, Israélo-Américaine basée à New York, a réalisé en 2025 Nice Jewish Girl, un court métrage autobiographique qui explore ses racines yéménites. Avec plus de sept ans d’expérience dans le domaine, Dana est parvenue à mettre en lumière la culture mizrahi, trop peu représentée dans le cinéma américain. Née à New York, elle a grandi entre Israël et les États-Unis, se forgeant une identité multiple qu’elle retranscrit dans son œuvre. Tout au long de son parcours, elle s’est engagée dans des projets qui questionnent la sous-représentation des communautés dans l’art. Itonnews a rencontré celle qui a osé mettre sur le devant de la scène cette quête identitaire si personnelle.


"Évoluer dans différents lieux durant mon enfance a façonné mon regard de cinéaste et ma vision du monde en tant que femme, juive et artiste. Tout ce que l’on observe finit par se refléter dans notre travail ", explique Dana Schneider.

Deux semaines après sa naissance, sa famille s’installe en Israël. Son premier souvenir remonte pourtant à leur départ pour Chicago. "Cette expérience a façonné la personne que je suis devenue. Elle m’a donné l’opportunité de chercher des réponses aux questions que je me posais", dit-elle.


Pendant son enfance et son adolescence, Dana construit son identité. "Je suis toujours restée fidèle à qui j’étais, même si cela signifiait parfois la solitude. " À la fin du lycée, de retour en Israël, elle trouve enfin sa place et comprend l’ampleur de sa mission : transformer son questionnement intérieur en art pour aider les autres à s'épanouir.


Installée désormais aux États-Unis, Dana porte en elle les leçons de son enfance tout en poursuivant ses rêves. Ce chemin semé d’embûches l’a conduite à rassembler ses interrogations dans Nice Jewish Girl.


La culture yéménite à l’honneur


Le film de Dana Schneider est né au sein du foyer aux influences yéménites dans lequel elle a grandi. Sa mère a toujours veillé à ce que l’hébreu soit la langue principale à la maison et préparait pour la famille des plats israéliens et yéménites, malgré leur installation aux États-Unis.


"Nous avons baigné dans une ambiance yéménite, avec des chants, des films et des séries mettant en scène des personnages juifs. Pourtant, je ne parvenais pas à m’y reconnaître. Je me souviens avoir fréquenté une école juive pendant quelques années, et m’être sentie tellement éloignée culturellement que j’ai demandé à ma mère de passer dans une école publique. C’est précisément à ce moment là que j’ai voulu écrire un scénario sur cette expérience", confie Dana.


Nice Jewish Girl explore la question de l’identité au sein d’une société qui critique et comprend souvent mal ses membres. Le film examine comment un environnement bien intentionné mais curieux peut éroder la confiance en soi, et cherche la nuance dans un débat trop souvent traité de manière binaire.


Nice Jewish Girl
Nice Jewish Girl

Le court métrage raconte l’histoire de Danielle, une actrice juive mizrahi vivant à New York, qui tente de définir son identité à travers le regard de ses proches. Alors qu’elle semble atteindre bonheur et stabilité, elle se demande dans quelle mesure son identité influence ses opportunités et, par conséquent, son avenir. Ces tensions la conduisent à prendre une décision susceptible de bouleverser entièrement sa trajectoire.


Tout au long du film, Danielle interagit avec son agent, qui tente constamment de la faire entrer dans des stéréotypes attendus par les directeurs de casting et les producteurs, ainsi qu’avec sa cousine, également yéménite, dont l’expérience contraste fortement avec la sienne. Ces relations illustrent les multiples manières dont l’identité peut être négociée, remise en question ou réaffirmée.


Mettre en lumière "ceux qui restent dans l’ombre"


Pendant deux ans de travail acharné, Dana élabore le scénario et le langage visuel de son film. Elle réussit là où beaucoup ont échoué : mettre en valeur la culture yéménite à l’écran. Aidée par une partenaire d’écriture et une équipe talentueuse de producteurs et mentors, dont Julian Voloj de Bechol Lashon, Dana s’impose avec Nice Jewish Girl.


Elle explique qu’il était temps de "diversifier le récit juif, en particulier en Occident, et de lui donner une voix. Il est crucial de faire valoir la diversité de notre communauté sans minimiser l’histoire des autres. Aujourd’hui, l’antisémitisme atteint son niveau le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale, et les mythes selon lesquels les Juifs seraient uniquement originaires d’Europe persistent. Raconter des histoires que l’Occident n’a jamais vues ou reconnues est un moyen puissant de combattre ces idées reçues ."


Nice Jewish Girl
Nice Jewish Girl

En s’éloignant des thèmes traditionnellement abordés dans les films juifs — la Shoah, les communautés ultra-orthodoxes et la culture ashkénaze — Dana apporte un véritable renouveau à l’écran.


" Il existe des milliers d’histoires de Juifs de la péninsule Arabique, d’Afrique du Nord et d’autres régions qui restent largement invisibles dans les médias occidentaux. Ce sont des Juifs ayant fui persécutions, conversions forcées et enlèvements. Par exemple, The Red Sea Diving Resort aborde une partie de cette histoire, mais j’aimerais voir davantage de récits sur les Juifs d’Irak, d’Iran, du Yémen, d’Algérie, du Maroc et d’ailleurs — des histoires de survie, de résilience et de richesse culturelle qui méritent d’être reconnues", estime-t-elle.

Selon Dana, il est crucial que les cinéastes juifs approfondissent la diversité complète de leur peuple. Partager un éventail plus large d’histoires profite non seulement aux publics juifs, mais aide aussi le grand public à mieux comprendre la richesse et l’étendue de leurs communautés.


Après la sortie du film en octobre 2025, Dana a reçu un flot de réactions positives qui ont renforcé sa conviction d’avoir accompli une "bonne action", non seulement pour elle-même, mais aussi pour toute sa communauté. Elle se sent persuadée qu’elle doit poursuivre dans cette voie.


Nice Jewish Girl
Nice Jewish Girl
"Ce qui me touche le plus, ce sont les messages de personnes yéménites et mizrahi qui me remercient de les avoir aidées à se sentir enfin vues. Une jeune fille m’a confié qu’elle avait vu mon film lors de la première à New York. Depuis, elle pose des questions à sa famille sur son héritage yéménite. Elle m’a expliqué que mon film l’avait encouragée à embrasser les nuances de ses racines et à les célébrer. Mon objectif était de créer un espace pour moi-même et pour les autres, et leurs retours comptent plus que tout. Je me sens profondément honorée", assure Dana.

Pour ses futurs projets, Dana souhaite continuer à mettre en lumière les thèmes de l’héritage, de l’identité et de l’intersection entre histoire personnelle et histoire collective. Elle travaille actuellement sur un scénario consacré à la reine de Saba, qui lui permet d’étudier la richesse de l’histoire yéménite et, plus largement, mizrahi.


"Je veux raconter des histoires de femmes qui défient les attentes de la société, en montrant la force qu’une seule femme peut insuffler au monde entier", explique-t-elle. Dana souhaite se concentrer sur une narration qui relie le passé au présent, met en valeur des expériences nuancées et amplifie des voix historiquement marginalisées, tout en plaçant l’humanité et l’universalité de ces histoires au cœur de son œuvre.


Caroline Haïat



 
 
 

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