Déformer pour révéler : la nouvelle exposition de Roee Rosen
- Caroline Haïat

- il y a 8 heures
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L’artiste israélien Roee Rosen, sous le commissariat de Mia Frenkel présente sa nouvelle exposition "Silly Sea Sly Sky" du 7 mai au 20 juin à Tel Aviv. Réunissant trois ensembles d’œuvres réalisés au cours de l’année écoulée, il propose une plongée dans un univers où l’humour, le grotesque et la mémoire collective s’entrelacent dans une tension constante entre légèreté apparente et profondeur politique.
Dès l’entrée, dans l’espace de projets intitulé "Rosie", le visiteur est confronté à une série de peintures à l’acrylique noire sur papier. Ces œuvres trouvent leur origine dans une fresque récemment présentée en Allemagne, dans un contexte marqué par une réflexion critique sur le passé nazi d’une mécène liée à l’institution. Rosen y réactive le langage visuel développé dans son projet La vie et la mort d’Eva Braun, convoquant une iconographie troublante où l’innocence des contes pour enfants se fissure sous le poids de l’Histoire.
Inspirées du récit du Petit Chaperon rouge, ces scènes côtoient des représentations de lunes dans lesquelles se dissimulent des croix gammées, intégrées dans des paysages évoquant le romantisme allemand de Caspar David Friedrich.
Au cœur de l’exposition, les peintures à l’huile introduisent une dimension presque physique dans l’expérience du regard. La série Silly Sea repose sur un principe de suspension volontairement "erroné". Chaque toile peut être présentée selon deux modalités : soit l’horizon est rectiligne et stable, mais les cadres semblent inclinés de manière absurde ; soit les cadres sont alignés "correctement", au prix d’un horizon qui bascule, transformant la mer en une matière fluide qui semble se déverser hors du tableau.
À travers les nuages et leurs reflets, des figures émergent. Ce jeu d’identification — reconnaître des formes dans le ciel — oscille entre imagination enfantine et pensée conspirationniste, un motif récurrent dans l’œuvre de Rosen.

L’exposition se poursuit avec une série de portraits que l’artiste qualifie lui-même d’'idiots". Le tableau Golem sioniste condense plusieurs figures fondatrices de l’imaginaire israélien : les mèches de David Ben Gourion, le bandeau de Moshe Dayan, les traits de Golda Meir.
Le tout est posé sur une jarre, clin d’œil à la fascination de Dayan pour l’archéologie. Sur le front de la figure apparaît le mot "vérité", référence directe au mythe du Golem de Prague, mais aussi au bulletin historique du parti travailliste israélien. Rosen joue ici avec les symboles, les fusionne, les détourne, jusqu’à produire une image à la fois familière et profondément dérangeante.

Les œuvres refusent de se soumettre aux règles que l’artiste lui-même établit. Elles dévient, se moquent, se contredisent. Cet esprit d’insubordination formelle devient alors un langage à part entière, révélant les tensions entre ordre et chaos, entre récit collectif et subjectivité.
Artiste, cinéaste et écrivain israélo-américain, Rosen est reconnu pour son œuvre complexe et provocatrice qui interroge souvent les frontières entre histoire et présent, documentaire et fiction, politique et érotisme. Il est professeur à la faculté des arts Ha'Midrasha du Beit Berl College, en Israël.
Rosen a consacré des années à son personnage féminin fictif, la peintre surréaliste et auteure de films pornographiques juive-belge Justine Frank. Ce projet l'a amené à créer de toutes pièces l'intégralité de son œuvre, ainsi qu'un livre, "Sweet Sweat" (Sternberg Press, 2009), et un court métrage, "Two Women and a Man" (2005).
L'expo est à découvrir dès le 7 mai prochain à 19h à la galerie Rosenfeld à Tel Aviv.
Caroline Haïat




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