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"Toucher l’air à nu" : une exposition entre front et absence

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture
@Shira Raziel "Invitée"
@Shira Raziel "Invitée"

Une nouvelle exposition de photographie et d’écriture intitulée "Toucher l’air à nu" ouvrira ses portes le 16 avril dans l’espace culturel Bifnocho, à Tel-Aviv. Elle réunit les œuvres de Roy Kasher, photographe et réserviste de l’armée israélienne, et de Shira Raziel, artiste et veuve de Yedidia Raziel, tombé lors de la défense du kibboutz Kerem Shalom. À travers leurs regards croisés, les deux artistes explorent l’expérience intime de la guerre, entre le front et l’absence laissée derrière soi.


Deux récits personnels issus d’un même conflit se rencontrent. L’un naît des ruines de Gaza et de l’usure des uniformes couverts de poussière ; l’autre prend forme dans le vide laissé par la disparition d’un mari et d’un père.


Photographe, musicien et soldat réserviste, Roy Kasher documente la guerre de l’intérieur. Ses images et ses textes décrivent l’expérience éreintante du combat, la friction entre la peau et le métal, l’écart vertigineux entre la maison et le champ de bataille, mais aussi la solitude silencieuse qui habite ces allers-retours permanents. Dans la poussière et la suie, il saisit des instants simples : la routine des rotations de réserve, les moments suspendus, et le gouffre qui s’ouvre entre la vie civile et la réalité du front.


@Shira Raziel, "Sons"
@Shira Raziel, "Sons"

Face à ce regard tourné vers le combat, Shira Raziel propose une œuvre d’une grande fragilité. Mère de trois enfants et membre du kibboutz Kerem Shalom, elle présente une série composée de mots fragmentés et de photographies délicates du quotidien. À travers son objectif, elle capte des moments presque imperceptibles, suspendus entre mémoire et réalité. Ses textes, profondément intimes, évoquent l’homme et la maison qui ne sont plus, les racines et l’arrachement, ainsi que la présence persistante de l’absent dans la vie après la tragédie du 7 octobre.


@Roy Kasher "Identité"
@Roy Kasher "Identité"

Parmi les œuvres exposées figure "Identité", de Roy Kasher, qui explore le moment où l’uniforme et l’équipement deviennent une seconde peau. Sur l’image, un soldat soulève son équipement dans un geste suspendu entre repos et départ en mission. Le gilet pare-balles recouvre son visage et redéfinit son identité : il devient soldat, mais perd en même temps ses traits, presque effacé derrière l’équipement.


@Roy Kasher, "Fissures de lumière"
@Roy Kasher, "Fissures de lumière"

Dans "Fissures de lumière", un soldat marche dans le sable, courbé par la fatigue. Les traces laissées par les véhicules militaires scarifient le sol comme des cicatrices, soulignant la fragilité du mouvement humain face aux empreintes massives de la guerre.


Du côté de Shira Raziel, l’œuvre "Regard vers le ciel" transforme une scène ordinaire en expérience presque métaphysique. Une flaque d’eau boueuse devient une fenêtre vers un autre lieu – peut-être même un autre temps. Le spectateur ne voit pas l’arbre lui-même, mais seulement son reflet prisonnier de l’eau. Le regard se dirige vers le sol, vers la terre humide, et c’est précisément là que surgit la cime fragile de l’arbre. L’œuvre invite à habiter l’absence et suggère que parfois, la seule manière de toucher ce qui a disparu est d’en contempler le reflet dans les ondulations de l’eau.


L'appareil photo devient ici une barrière transparente entre eux et le monde, une tentative de ralentir le temps et de donner une place aux détails minuscules d’une histoire immense. L’écriture vient quant à elle compléter ce que l’image ne peut montrer.


L'exposition est à découvrir au 9 rue Itamar Ben-Avi à Tel Aviv, du 16 avril au 4 mai. Le vernissage aura lieu le 16 avril à 19h.


Caroline Haïat


 
 
 

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