"This is Tel Aviv", la Ville Blanche en miniature par Oksana Many
- Caroline Haïat

- il y a 1 jour
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Tel Aviv en miniature. Un projet né d’une passion pour la photographie. Loin des clichés touristiques de la ville, la jeune entrepreneuse d’origine Russe, Oksana Many, mariée au photographe israélien de renom Or Many a lancé une initiative passionnante qui combine art et architecture. C’est en 2023, lorsque la guerre en Israël met en pause la plupart des projets de la population que le sien prend forme : "This is Tel Aviv". En se promenant dans les rues de Tel Aviv -au rythme ralenti sous l’effet du conflit- sans l’effervescence habituelle de la foule, Oksana a pu aisément contempler la structure des édifices. Elle a alors eu l’idée de mettre à profit ce regard nouveau et étranger d’une nouvelle arrivante : réaliser à partir de photos, des pièces en bois qui représentent chacune un immeuble ou un monument de la ville. Rencontre avec celle qui met le bâtiment au centre de l’objectif.
Originaire de Moscou et de religion chrétienne, Oksana avait entendu parler d'Israël dans les médias, "un peu comme tout le monde", mais ne s’y était jamais rendue auparavant. En Russie, elle a étudié l’économie et la gestion à l’Université puis a travaillé dans la mode et le commerce pour de grandes marques telles que Victoria’s Secret, H & M et Adidas. Mais une rencontre inattendue a bouleversé sa vie du tout au tout. Son mari. Elle fait sa connaissance lors d'un déplacement profssionnel de ce dernier à Moscou. Le coup de foudre est immédiat et très vite, ils officialisent leur relation en s'unissant en Géorgie. Oksana emménage ensuite à Tel Aviv et tombe éperdument amoureuse de cette ville qui dégage une énergie si particulière.

Tel Aviv, une révélation
"Mon arrière-grand-père avait visité les lieux saints en Israël et il est vrai qu’à chaque fois que je vais à Jaffa ou au parc Hatahana dans le sud de Tel Aviv, je perçois quelque chose de spécial, comme si je marchais dans ses pas", raconte Oksana.
"En explorant la ville, j’ai commencé à faire de belles photos, à ressentir ce qu’il s’y passait et la magie a opéré très vite. Je me suis dit qu’il fallait transmettre les codes visuels qui étaient très différents de là où j’avais grandi", poursuit-elle.
Avec son mari, Oksana met en place un atelier d’impression, qui lui permet de créer des pièces uniques à partir des clichés qu’elle prend en arpentant les rues de Tel Aviv.
"J’ai tout de suite remarqué la similarité entre certains bâtiments et j’ai surtout découvert le mouvement Bauhaus, qui était tant apprécié à travers le monde. J’ai commencé par sélectionner certains bâtiments et à les combiner entre eux, grâce aux pièces que j’avais créées pour mettre en forme une sorte de maquette", explique Oksana.

Sa technique est simple mais ingénieuse. Elle commence par photographier un bâtiment, puis, sur ordinateur, elle agence plusieurs édifices pour créer un ensemble cohérent. Chaque bâtiment est vectorisé via une application spécifique, qui génère le fichier que la machine laser utilise pour découper le bois avec précision.
Le bois est ensuite recouvert d’un revêtement spécial qui permet d’imprimer l’image grâce à une presse thermique. Lors de cette étape, l’encre du papier est transférée et sublimée dans le revêtement, formant ainsi une reproduction fidèle et durable de l’image sur le bois.

Plus de 1.000 créations
Ainsi, Oksana a donné naissance à des milliers de pièces. Et les opportunités ne manquent pas. Elle crée à l’infini. Grâce à son immense talent et à son dynamisme déroutant, Oksana a su se faire une place de choix dans un milieu difficile. Elle dirige aujourd’hui d'une main de fer un véritable business qui oscille entre commandes personnalisées, demandes de l’étranger ou encore projets pour les entreprises immobilières.
Certains commandent même des pièces pour offrir aux résidents un souvenir unique, comme un avant-après du bâtiment dans lequel ils vivent ou ont vécu. Oksana a également le plaisir de collaborer avec le Bauhaus center ainsi que plusieurs centres touristiques et de recevoir des commandes de partout dans le monde grâce à sa chaine You Tube et son site.
"Quand je suis dehors, si je remarque un bâtiment intéressant, je le photographie. Ensuite, je ramène les photos à la maison. La plupart du temps, j’ai plusieurs clichés, donc je peux jouer avec le contenu que j’ai. Ce n’est pas toujours un succès : parfois, j’ai des bâtiments en tête mais je ne parviens pas à les harmoniser, donc je les mets de côté jusqu’à trouver la bonne combinaison", affirme Oksana.
Oksana aime montrer la ville d’une manière un peu plus flatteuse que la réalité. Elle arrange "ce qui ne lui convient pas" tout en gardant l’authenticité des constructions. La jeune femme avoue être consciente que son art est une vision améliorée du réel, qui donne à voir aux habitants comme aux étrangers, son Tel Aviv.
"Je sais que certains considèrent l’art comme ' brut '. Mais je crois qu’on peut jouer avec ses différentes palettes, parce qu’on est artiste et que l'on expose notre propre vision. Mais je reste proche de la réalité, car je sais que les gens ne sont pas dupes, surtout les locaux. C’est un compromis entre la réalité et ma vision artistique", affirme Oksana.
Son coup de coeur?
La place Dizengoff l’a particulièrement marquée : entourée de beaux bâtiments blancs de style Bauhaus aux lignes ondulées, elle révèle pourtant des détails imparfaits, une peinture inégale et les traces du temps. La pièce qu'a créé Oksana, intitulée Not Fancy but Cute, reflète les rues qu’elle a explorées lors de ses premières promenades, notamment rue Marmorek, près de Habima et rue King George. C’est dans ce quartier qu’est née l'inspiration. Oksana a d’ailleurs choisi de conserver dans son œuvre certains éléments ordinaires du paysage urbain, comme une poubelle, qu’elle considère comme faisant pleinement partie du charme authentique de la ville.

La jeune femme ne compte pas s’arrêter là. Elle a pour projet d’étendre ses créations à d’autres villes dont Jérusalem, avec le mur des Lamentations mais aussi Haïfa. Une extension née des retours qu’elle reçoit, qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie.
"Les réactions me touchent profondément. Certaines personnes me disent qu’elles possèdent plusieurs de mes pièces à la maison et qu'elles font partie de leur décoration. Cela m'émeut, parce que l’appréciation est différente de celle que j’ai connue dans ma carrière précédente. C’est profondément émouvant, surtout venant des locaux", affirme-t-elle.
Pour conclure, Oksana rappelle l’importance de faire vivre les petits commerces, quels qu’ils soient, évoquant une phrase qu’un rabbin lui a prononcé et qui l’a faite réfléchir: "Nous traversons des périodes difficiles, la guerre n’est pas finie. Que faites-vous pour soutenir les petits commerces ? Même si vos revenus sont limités, chaque achat compte. Aller au café, acheter quelques légumes, soutenir votre épicerie locale, c’est essentiel. Le soutien local est vital, même si l’art peut sembler secondaire aujourd’hui", a-t-elle conclu.
Sa page You Tube : https://youtube.com/@this.is.telaviv
Caroline Haïat




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