Erez Zadok, le géant de la BD israélienne
- Caroline Haïat

- 29 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 janv.

Dans le paysage contemporain de la bande dessinée israélienne, Erez Zadok occupe une place singulière. Né à Netanya en 1986, il s’est imposé comme auteur de romans graphiques, illustrateur et créateur de projets culturels et éducatifs. Sa force réside dans sa capacité à mêler récit personnel, humour discret et observation de la société, tout en rendant accessibles des sujets complexes ou rituels, comme la Haggadah de Pessah. Nous avons rencontré celui qui est devenu une figure incontournable du paysage de la BD en Israël.
La passion de Zadok pour la bande dessinée s’est manifestée dès l’enfance. Inspiré par Le Roi Lion, il se tourne d’abord vers l’animation, mais se heurte rapidement aux contraintes techniques et financières : "24 images par seconde, c’était irréaliste pour moi à l’époque", se souvient-il.
La BD devient alors une évidence : sur quelques cases, il peut raconter une histoire entière, une autonomie créative qu’il ne retrouvera jamais ailleurs. Ses premières publications, Zoo-La and Max, paraissent dans des magazines jeunesse, marquant ses premiers pas dans le monde professionnel.

Après un passage par les fanzines indépendants Zoo-La et Max, qu’il présente dans divers festivals, Zadok poursuit sa formation à la Bezalel Academy of Arts and Design à Jérusalem, où il obtient son diplôme en communication visuelle en 2014. L’enseignement ne se limite pas au dessin : typographie, vidéo et storytelling complètent son apprentissage et façonnent sa vision de l’image et de la narration.
Son projet de fin d’études devient le roman graphique Tranquilo, inspiré d’un voyage en Amérique du Sud après son service militaire. Cette œuvre autobiographique, à la fois intime et universelle, est rapidement reconnue comme une référence dans le paysage de la BD israélienne moderne. Critiques et lecteurs saluent sa capacité à transformer l’expérience personnelle en récit accessible, profond et visuellement attrayant.
De la BD jeunesse à la culture religieuse
Zadok élargit ensuite son spectre créatif. En 2015, il collabore avec l’auteure Liat Rotner pour créer Miko Bell: The Potions Boy, une BD destinée aux adolescents, prouvant sa capacité à s’adapter à différents publics et genres.
En 2019, il signe avec Jordan B. Gorfinkel — célèbre pour ses travaux sur Batman — une version en roman graphique de la Haggadah de Pessah, le texte liturgique de la fête juive de Pâque. L’ouvrage combine texte traditionnel, illustrations narratives et séquences modernes pour rendre l’histoire de l’Exode accessible à tous les âges, en hébreu, en anglais et avec translittération. Ce projet allie pédagogie, art et culture, et confirme l’intérêt de Zadok pour les créations qui dépassent le simple cadre narratif.
Un style reconnaissable : storytelling visuel et humour discret
Le travail de Zadok se distingue par son style graphique clair, sa maîtrise du rythme narratif et sa capacité à traiter des sujets sérieux avec légèreté. Ses strips autobiographiques sur Instagram, où il partage anecdotes de vie quotidienne, naissance de ses enfants ou réflexions personnelles, témoignent d’une approche intime et humoristique. "C’est un peu comme le stand-up : il faut identifier un moment du quotidien qui mérite d’être raconté", explique-t-il.
Pour ses projets scénarisés, tels que Bill Finger — une biographie consacrée au véritable co-créateur de Batman — Zadok se montre méthodique : découpage page par page, hiérarchie des cases, encrage et mise en couleur, chaque étape mobilisant entre huit et douze heures de travail par page.

L’intelligence artificielle : un super-pouvoir pour les artistes
Comme beaucoup d’illustrateurs contemporains, Zadok a dû apprivoiser l’intelligence artificielle. La période de transition a été difficile : "Pendant presque deux ans, j’ai eu le sentiment que tout ce que j’avais appris devenait inutile", confie-t-il. Aujourd’hui, il considère l’IA comme un outil capable d’amplifier les compétences humaines, à condition d’être utilisée pour élever le niveau créatif, et non pour produire plus vite à tout prix. Cette approche pragmatique illustre sa capacité d’adaptation et sa réflexion sur l’évolution du médium.
Pour Zadok, la bande dessinée est particulièrement adaptée pour raconter la réalité israélienne. Accessible, visuelle et rapide, elle permet de traiter des sujets lourds ou complexes avec un impact émotionnel important, tout en mobilisant peu de ressources. "Un auteur seul peut raconter une histoire complète, sans dépendre d’un budget ou d’une équipe", souligne-t-il.
Deux projets marquent particulièrement son parcours. La Haggadah de Pessah, best-seller sur Amazon en 2019, alliant texte rituel et mise en images et Bill Finger, publié en français, portugais et allemand, qui explore la quête de reconnaissance d’un créateur longtemps effacé de l’histoire de Batman.

Zadok se montre optimiste pour l’avenir de la BD en Israël, soulignant que plusieurs romans graphiques israéliens ont récemment remporté des Eisner Awards, équivalent des Oscars de la bande dessinée. Selon lui, l’IA et les nouvelles technologies permettront à davantage de créateurs de s’exprimer et d’ouvrir un "véritable âge d’or" du médium.
Pour conclure, Zadok insiste sur l’importance de la créativité, de la persévérance et de l’adaptabilité : "Ce sont les seules compétences réellement durables dans un monde instable. Si l’on entretient cela, on pourra toujours trouver sa place." Sa trajectoire, mêlant innovation artistique, exploration personnelle et engagement éducatif, illustre parfaitement la richesse et la diversité de la scène BD israélienne contemporaine.
Caroline Haïat




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