Face à l'Iran, Israël veut bâtir une nouvelle architecture sécuritaire régionale
- Caroline Haïat

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À l'occasion de la conférence de Herzliya organisée à l'université Reichman, le directeur général du ministère israélien de la Défense, le général de division (réserviste) Amir Baram, a livré une analyse approfondie des nouveaux défis stratégiques auxquels Israël est confronté. Dans un discours axé sur la sécurité régionale et les mutations géopolitiques en cours, il a plaidé pour un renforcement ciblé des capacités militaires israéliennes, la création d'une nouvelle architecture régionale de défense et l'approfondissement du partenariat avec les États-Unis.
Selon Amir Baram, la guerre en cours a profondément modifié les équilibres au Moyen-Orient. Elle a surtout révélé à l'ensemble des acteurs de la région le coût du renforcement militaire de l'Iran, favorisant l'émergence d'intérêts stratégiques communs entre plusieurs pays.
"La guerre a fait naître un intérêt commun pour la formation d'une alliance plus large, de l'Inde aux Émirats arabes unis, en passant par la Grèce et Chypre", a-t-il déclaré.
À ses yeux, cette coopération ne doit pas se limiter au domaine militaire. Elle pourrait également ouvrir la voie à des partenariats économiques, technologiques et industriels inédits. L'expertise israélienne en matière de défense, conjuguée aux capacités financières des États du Golfe et au développement de nouveaux corridors régionaux, pourrait selon lui constituer le socle d'un nouvel espace de coopération stratégique.
Le directeur général du ministère de la Défense a toutefois exprimé son inquiétude face aux discussions internationales susceptibles d'alléger les sanctions visant Téhéran. Selon lui, les accords actuellement envisagés pourraient injecter "des centaines de milliards de dollars" dans l'économie iranienne, offrant au régime les moyens d'accélérer considérablement son réarmement.
"L'État d'Israël doit se préparer grâce à un renforcement militaire ciblé et promouvoir une nouvelle architecture régionale, en priorité avec son allié stratégique, les États-Unis, ainsi qu'avec d'autres partenaires", a-t-il affirmé.
Évoquant les relations avec Washington, Baram a également répondu aux critiques formulées en Israël à l'encontre de la politique américaine. Il a souligné que les divergences entre les deux pays ne concernent pas l'évaluation de la menace iranienne mais les priorités stratégiques de chacun.
Le haut responsable a rappelé que, pour Israël, l'Iran demeure une menace existentielle. Les États-Unis, en revanche, considèrent Téhéran comme un défi régional parmi d'autres, tandis que leur principale préoccupation stratégique reste aujourd'hui la montée en puissance de la Chine dans la région indo-pacifique.
"Nous pensons à Téhéran, ils pensent à Taïwan", a résumé Amir Baram, illustrant la différence de perspective entre les deux alliés.
Il a également souligné que le Pentagone doit aujourd'hui répartir ses ressources entre plusieurs crises internationales, notamment le soutien à l'Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et la préparation d'une éventuelle confrontation dans le détroit de Taïwan. Dans ce contexte, une guerre prolongée dans la région ne correspond pas aux intérêts stratégiques américains.
Malgré ces différences d'approche, Amir Baram s'est montré optimiste quant à l'avenir du partenariat entre Jérusalem et Washington. Il a révélé qu'un nouveau mémorandum d'entente sur la coopération en matière de sécurité est actuellement en préparation.
Selon lui, cette future coopération devra reposer non seulement sur les valeurs communes qui unissent les deux pays, mais également sur des intérêts stratégiques clairement identifiés.
Il a expliqué avoir utilisé l'ensemble des pouvoirs d'urgence mis à sa disposition pour lever les principaux obstacles industriels, sécuriser l'approvisionnement en matières premières, renforcer les chaînes de production nationales et recruter une main-d'œuvre spécialisée.
Ces mesures ont permis, selon lui, d'augmenter continuellement les stocks de missiles intercepteurs destinés aux systèmes Arrow, David's Sling et Iron Dome, malgré l'intensité des opérations militaires.
Caroline Haïat




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