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Israéliens, Palestiniens et Hollandais développent un blé qui résiste aux changements climatiques

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 22 minutes
  • 4 min de lecture
Essai variétal d'une lignée de blé prometteuse, incluant Ufuq, en collaboration avec l'Institut Volcani et le Dr Roi Ben David au Kibutz Gat 2025 @Prof. Zvi Peleg
Essai variétal d'une lignée de blé prometteuse, incluant Ufuq, en collaboration avec l'Institut Volcani et le Dr Roi Ben David au Kibutz Gat 2025 @Prof. Zvi Peleg

Des scientifiques israéliens, palestiniens et néerlandais ont travaillé de concert pendant six ans à la conception d'une nouvelle variété de blé résistante au changement climatique, au manque d’eau et aux températures élevées. Une solution susceptible de nourrir toute la région. Ce projet exceptionnel a été mené par l'Université hébraïque de Jérusalem, en partenariat avec la Société de santé publique palestinienne Al-Quds, et l'Université de Wageningen aux Pays-Bas. L'équipe a baptisé cette nouvelle lignée de blé horizon "Ufuq" en arabe ou "Ofek" en hébreu. La variété doit encore faire l'objet de tests supplémentaires avant d'être mise à la disposition des agriculteurs, mais les chercheurs affirment que le besoin est urgent : les modèles climatiques prévoient des saisons de croissance plus chaudes et plus sèches dans le bassin méditerranéen pour les décennies à venir.


Le projet a débuté en 2020, à l’initiative de l’Association des Amis de l'Université hébraïque en Hollande, qui a notamment organisé plusieurs démarches scientifiques entre Israéliens et Palestiniens depuis des années. Le ministère néerlandais des Affaires étrangères soutient des initiatives de coopération scientifique visant à favoriser le dialogue et les échanges entre chercheurs israéliens et palestiniens 


Une trentaine de scientifiques israéliens, palestiniens et hollandais ont ainsi échangé leurs savoirs au cours d’ateliers, de formations, de réunions sur zoom et de rencontres en présentiel afin d’affiner leur recherche sur cette nouvelle sorte de blé. Le travail a été réalisé en Israël, sur le terrain avec les agriculteurs et à la Faculté Robert H. Smith d'agriculture, d'alimentation et d'environnement de Rehovot.


Installation de protection contre la pluie à la Faculté d'agriculture, d'alimentation et d'environnement. @Dr Roy Sadeh
Installation de protection contre la pluie à la Faculté d'agriculture, d'alimentation et d'environnement. @Dr Roy Sadeh
"La science ne connaît pas de frontières, tout comme le réchauffement climatique que nous observons au Moyen-Orient. Nous sommes le laboratoire vivant de ce qui va arriver dans le monde d’ici quelques années, et de ce qui touche déjà l’Europe. Ce phénomène a une influence sur toute la région, et je pense qu’il faut unir nos forces pour trouver des solutions afin de contrer les risques qu’il engendre", affirme le Docteur Zvi Peleg.

Un travail d’équipe en coopération internationale


Les chercheurs ont élaboré environ 300 lignées de blé en cours de développement et de recherche avant d'être mises à la disposition des agriculteurs. Elles ont été soumises à différents régimes de précipitations, grâce à un système appelé "Rainout Shelter". Il s'agit d'une serre installée sur des rails, qui peut se déplacer d'avant en arrière, ce qui permet de simuler différents scénarios liés au changement climatique.


"Nous avons ensuite réduit la collection à 18 lignées prometteuses qui ont été cultivées à Rehovot, ainsi que sur trois sites de l'Autorité palestinienne. L'objectif était de travailler avec le même matériel génétique et d'observer comment ces lignées réagissaient à différentes conditions. Les chercheurs ont également réalisé des travaux sur les racines et sur diverses caractéristiques physiologiques des plantes", affirme Zvi Peleg.
Zvi Peleg
Zvi Peleg

Dans certains cas, les scientifiques ont procédé à des extractions d'ARN afin d'étudier l'expression des gènes. Ces analyses ont été réalisées au centre de génomique de l'Université hébraïque, puis les données ont été analysées conjointement avec les étudiants, avant de poursuivre les recherches.


Une nouvelle variété de blé très prometteuse


Le blé est la culture la plus importante au Moyen-Orient, elle constitue la base alimentaire essentielle. C'est également la culture qui occupe les plus grandes surfaces agricoles dans toute la région, et ce depuis des siècles.


La lignée de blé "Ufuk", qui présentait de très bonnes caractéristiques pour faire face au changement climatique, a été testée pendant trois années consécutives, au cours desquelles elle a produit de bons rendements, tout en conservant une bonne qualité, notamment pour la panification. Elle possède certains mécanismes qui lui permettent de maintenir sa photosynthèse et de continuer à fixer le carbone malgré des températures élevées. Elle est également capable de faire face au manque d'eau, grâce à un système racinaire profond et à différentes caractéristiques physiologiques.


Tamisage du blé @Dr Roy Sadeh
Tamisage du blé @Dr Roy Sadeh

La sécurité alimentaire, un enjeu régional


La sécurité alimentaire est l’un des problèmes majeurs de la région. L’an dernier, Israël a été frappé par une sécheresse importante, une grande partie du blé cultivé n'a finalement pas pu être récoltée pour produire des grains, parce qu'il n'y avait pas suffisamment d'eau pour permettre aux cultures d'arriver à maturité. 


"Nous constatons déjà aujourd'hui des pénuries de céréales dans différentes régions du monde, et le problème ne fait que s'aggraver. Lorsqu'une sécheresse frappera, les pays qui exportent aujourd'hui pourraient ne plus pouvoir le faire, parce qu'ils conserveront leur production pour leur propre population. Produire localement signifie qu'il faut augmenter les rendements. Or, notre territoire est limité. Nous devons donc améliorer la productivité des variétés", explique Zvi Peleg.

La science pour rapprocher les peuples


Le simple fait que des personnes s'assoient ensemble et discutent de problèmes qu'elles ont en commun a créé une proximité humaine. La connaissance a rapproché des peuples en guerre. Malgré les conflits environnants, la coopération a été maintenue intacte pendant toutes ces années. D'un point de vue formel, le financement du projet a pris fin en juillet dernier, mais les scientifiques ne comptent pas s’arrêter là. Il existe désormais un centre de sélection variétale qui a été créé au sein de l'Autorité palestinienne, et du côté israélien, le travail se poursuit.


Ufuq – la variété développée dans le cadre du projet
Ufuq – la variété développée dans le cadre du projet

"Réunir des personnes qui viennent d'horizons différents, avec des approches multiples de l'agriculture et de la recherche, améliore notre capacité à tirer des conclusions. On découvre d'autres perspectives. Des choses auxquelles on n'avait pas pensé ou que l'on n'avait pas envisagées peuvent soudainement être identifiées par quelqu'un d'autre", déclare Zvi Peleg.


Le projet a également permis à deux étudiants de terminer leur doctorat, et à quatre autres d'obtenir leur master. Du côté palestinien, sept étudiants ont également terminé leur master. 


Les scientifiques espèrent désormais obtenir de nouveaux financements, mais aussi des moyens de poursuivre la collaboration et de développer des partenariats, notamment en Allemagne.


Une belle percée scientifique qui ouvre un avenir radieux pour la production régionale.


Caroline Haïat




 
 
 

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