Rahat : l'art comme outil de réflexion sur la violence dans la société arabe
- Caroline Haïat

- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours

127 victimes depuis le début de l'année 2026. C'est le chiffre accablant, qui augmente presque quotidiennement, auquel est confrontée la communauté arabe en Israël. Une violence exponentielle qui touche tous les milieux, et dont les autorités peinent à mettre un terme. Pour sensibiliser la population et dénoncer cette violence, la plus grande ville bédouine d'Israël, Rahat a pris les choses en main. Grâce à l'inauguration d'une exposition poignante "Le Cri du Silence", qui a réuni de nombreux artistes, les organisateurs mettent sur le devant de la scène ce fléau qui s'impose comme une tache noire, dans une société où le crime d'honneur et la violence règnent en maître.
Ce dimanche 14 juin, une séance de dialogue qui aborde les problématiques liées à la violence et à son impact sur l'individu et la société aura lieu à la Galerie d'art de Rahat, où se tient "Le Cri du Silence". Une occasion de débattre des conséquences psychologiques et sociales de la violence sur les jeunes générations et les obstacles qu'elle engendre dans la société arabe. La rencontre aura lieu de 16h à 18h.
"Le Cri du Silence", dévoilée le 6 juin dernier à Rahat en présence de nombreuses personnes venues des quatre coins du pays, rassemble les oeuvres de 26 artistes arabes, bédouins et israéliens dont Anisa Ashkar, Ogin Amin, Basma Abu Hoti, Buthaina Halabi, Bashir Abu Rabie, Haneen Zuhair Matar ou encore Khader Shashah.
"C'est un appel à un dialogue nécessaire et urgent. L'événement est né du refus de se taire et d'une volonté de regarder la plaie béante en face. L'art présenté ici ne se limite pas à l'esthétique. Il témoigne, proteste et lance un appel à la responsabilité collective. L'exposition ne prétend pas apporter des réponses simplistes, mais plutôt susciter la réflexion et provoquer un véritable réveil sur la réalité qui nous entoure", explique le commissaire de l'exposition Adi Yekutiely.
À travers la peinture, les photos, les vidéos, les installations et divers langages visuels offerts au public, les artistes présentent un large éventail d'expressions de la violence physique manifeste à la violence psychologique et sociale.
L'exposition invite à porter un regard différent, profond et durable sur la douleur, la peur et la perte. Les œuvres révèlent la vulnérabilité humaine induite par une violence permanente qui crée au quotidien une anxiété profonde, un sentiment de perte de confiance et de sécurité, même dans les endroits censés être sûrs.
L'artiste Shadi Toafra propose une oeuvre particulièrement originale. Suite au meurtre d'une femme qui l'a profondément marqué, il a entrepris une expérience de déconstruction et de reconstruction – une démarche qu'il considère comme la seule voie possible pour faire face à ce type de traumatisme. Il a ainsi cousu des morceaux de tissu sur la peinture originale pour mettre en lumière les strates émotionnelles qui s'y accumulent : douleur, peur, souvenirs d'enfance et tentatives de réparation. La carte intérieure ainsi créée se révèle à la fois émotionnelle et fragile, mais aussi vouée à perdurer après le deuil.

"Ces dernières années, Rahat a connu une vraie révolution culturelle. L'ouverture de la première galerie d'art de la ville, les festivals et nombreux événements qui y ont vu le jour, et le lien entre l'art, la communauté et l'identité locale : tout cela contribue à faire découvrir au grand public la richesse de la société bédouine. C'est précisément dans cet esprit qu'il nous a semblé essentiel d'explorer à travers l'art un des sujets les plus sensibles", déclare Fadi Ziadna, directeur du département de la Culture et des Arts de Rahat.
Parmi les œuvres, figure une installation sensationnelle portant les noms des victimes au sein de la société arabe. Elle se veut un lieu de mémoire et de recueillement, mais aussi un appel à briser le cycle de violence et à mettre en exergue le lourd tribut payé par des familles et des communautés entières.

La galerie d'art de Rahat, soutenue par le ministère de la Culture et des Sports, le centre communautaire de Rahat et la municipalité, s'inscrit dans un vaste mouvement culturel local. Il vise à renforcer l'art, la culture et la création locale, à encourager les artistes émergents et les femmes artistes de la région, et à tisser des liens entre la culture bédouine traditionnelle et l'art contemporain. La galerie aspire à être un centre culturel dynamique pour les habitants de Rahat et du Néguev.
Ce projet à la fois saisissant et fascinant est à découvrir jusqu'au 15 juillet prochain à la Galerie d'art de Rahat dans le Néguev.
Caroline Haïat




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