Art, mémoire et musique : la fusion créative de Romy, artiste en devenir
- Caroline Haïat
- 10 août
- 5 min de lecture

Passionnée, rêveuse et talentueuse, du haut de ses 21 ans, Romy Attias est une artiste accomplie. Cette Franco-israélienne qui a grandi dans un foyer mixte impose un style déjà très affirmé. Dans ses œuvres empreintes de sa double identité, elle exprime, à travers divers supports l’histoire et la transmission familiale et n’hésite jamais à s'aventurer en terrain inconnu. Née en Israël d’une mère israélienne et d’un père français, Romy vit à Jaffa. Très ambitieuse, elle a déjà plusieurs expositions à son actif et un portfolio qu’elle ne cesse d’enrichir. La jeune artiste a passé un bac français en Israël avant de servir dans l’orchestre militaire de Tsahal en tant que clarinettiste. En finissant l’armée il y a six mois, Romy s’est confiée une nouvelle mission : intégrer la prestigieuse école des Beaux arts à Paris à la rentrée 2026. En attendant, Romy travaille d’arrache-pied pour se faire un nom dans le milieu artistique et multiplier les projets, avec un but clair : vivre pleinement de sa passion. Portrait.
Dès la fin de son service militaire, Romy rejoint Le Studio de Botton à Tel Aviv, où elle travaille aux côtés d’une artiste israélienne confirmée. Un véritable mentor pour la jeune femme, qui lui prodigue de précieux conseils pour lancer sa carrière.
"Depuis petite, j’ai cette passion de l’art qui m’anime et je me suis dit que c’était le moment idéal pour m’y consacrer pleinement. Je me suis beaucoup améliorée et j’ai gagné en confiance en moi. Créer, c’est vraiment mon point fort et cela me rend heureuse. Tous les jours je me rends au studio, et je travaille sur plusieurs oeuvres en parallèle. Quand j’étais élève au lycée, j’avais pour habitude d’y passer mes étés et aujourd’hui, j’ai la chance d’aider l’artiste à donner des cours aux plus jeunes", raconte Romy à Itonnews.
Fille d’un musicien, Romy a baigné depuis sa naissance dans un milieu multiculturel et artistique. Très tôt, elle prend goût au dessin et y passe de longues heures avant de comprendre qu’il s’agit d’une réelle vocation. Ses œuvres explorent une grande variété de thèmes : figures, portraits réalistes, paysages abstraits, empreintes, jeux d’espace… Romy diversifie les sujets pour façonner un univers qui lui ressemble.

Des projets conséquents
En février dernier, Romy a participé à un projet d’art collectif avec trois autres artistes, visant à redonner vie à un centre communautaire de Yafo voué à être détruit. L’objectif était de rappeler l’esprit du quartier et les souvenirs passés aux visiteurs.
"Dans ce centre communautaire, beaucoup d’activités se sont déroulées et petits et grands ont foulé le sol. Peu à peu, l’idée a germé dans ma tête. Un jour, alors que je me promenais sur la plage, je me suis dit que ce qui rappelait le plus les souvenirs, c’était les empreintes. J’ai donc photographié des traces de pas dans le sable et je les ai imprimées en grand format de trois mètres de haut : les traces de pieds représentent les gens qui sont passés dans le centre et ont laissé une marque indélébile", explique Romy.
Ce projet représente un vrai tournant. "J’étais complètement hors de ma zone de confort", confie-t-elle. L’accueil, au départ, n’a pas été des plus chaleureux : "Quand ils ont vu débarquer une jeune de mon âge, ils n’avaient pas vraiment confiance. En outre, lorsque j’ai présenté mon idée, tout le monde était contre, personne ne comprenait ma vision. On m’a mis des bâtons dans les roues… Le plus dur a été de convaincre", affirme-t-elle. Dix heures de travail par jour plus tard, Romy remporte son pari.
Aujourd’hui, le bâtiment n’existe plus, mais il reste les photographies de l’installation. Et c’est précisément ce caractère éphémère qui la touche : "Tout ce qui n’est pas éternel me parle davantage que ce qui dure. Cela donne beaucoup plus de valeur aux choses."
En mai dernier, le rêve de Romy prend forme : elle expose à la galerie Ben Ami à Tel Aviv. Son installation, composée de canevas et d’objets sur lesquels elle a dessiné, fait sensation. La carrière de la jeune artiste démarre officiellement.
"J’ai imaginé une installation avec des lumières, et suspendu des impressions de traces de pas dans le sable pour évoquer la mémoire. J’ai recouvert la salle de marques de chaussures et ajouté des lumières rouges et roses — le rouge étant devenu ma couleur signature. Avant, j’avais peur du rouge, je n’osais ni le porter ni l’utiliser dans mon art. À l’armée, mon uniforme comportait du rouge : béret, insignes… Après deux ans à le voir chaque jour, je me suis dit que je pouvais enfin l’insérer dans mes oeuvres. Aujourd’hui, c’est ma couleur préférée", raconte-t-elle.
Le 17 juillet, Romy est invitée au restaurant tendance Pop and Pope pour réaliser une œuvre en direct. La toile, exposée sur place, aurait déjà trouvé un acheteur. Une expérience qui pourrait bien lui valoir une nouvelle invitation. Dotée d’un carnet d’adresses déjà bien rempli, Romy ne manque aucune occasion de rencontrer des galeristes pour faire connaître son art. Elle se soucie également d’élargir sa palette des possibles en s’essayant à la sculpture.

L’omniprésence du lien familial
Les œuvres de Romy puisent majoritairement dans le lien intime qu’elle entretient avec sa famille. Récemment, elle a créé une toile à partir de photographies de ses deux grands-mères, y intégrant des dessins inspirés de son arrière-grand-mère.
"Je me suis toujours demandé pourquoi je savais si bien dessiner", confie-t-elle. La réponse est arrivée il y a quelques mois, presque par hasard. En France, sa tante organise un vide-grenier et lui révèle que son grand-père peignait. Elle lui envoie alors des photos de tableaux réalisés par sa grand-mère et par lui. Romy y décèle immédiatement une ressemblance frappante avec son propre travail.
"C'est ainsi que j’ai eu envie de mettre ce lien en avant. Ma grand-mère chrétienne, en France, c’est quelqu’un que j’ai beaucoup aimé, et ma grand-mère israélienne, d’origine irakienne, ici, je l’adore. Le mélange des deux, c’est ce qui me définit", assure Romy.
Romy aime particulièrement s’inspirer des grands artistes pour concevoir ses œuvres. Elle est notamment très admiratrice du peintre italien Tintoretto, et de l’artiste japonaise Chiaruchiotta qui a exposé ces derniers temps au Grand Palais à Paris une installation avec des fils de laine.
Les voyages en Europe, les albums de famille, l’esthétique des bâtiments de sa ville natale ou encore la musique : pour la jeune fille, tout est prétexte à créer. Une création sans limite qu’elle affine au fil de ses rencontres et de ses expériences.

"Les artistes se copient beaucoup, ce n’est pas simple de sortir de l’ordinaire et de proposer quelque chose d’avant-gardiste, mais j’essaye toujours de me réinventer", déclare-t-elle.
Son futur projet ? Combiner art et musique. Une évidence pour Romy qui a fait 11 ans de musique et connaît de près cet univers. Avec des amis musiciens, elle prépare un projet ambitieux, une vidéo-art qu’elle espère pouvoir exposer au public très bientôt.
À seulement 21 ans, Romy trace déjà un chemin audacieux entre héritage et innovation, promettant de faire vibrer le monde de l’art bien au-delà de ses frontières.
Pour suivre Romy sur Instagram : https://www.instagram.com/myro_s_art/
Caroline Haïat
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