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Donner vie à l’inanimé : portrait de la sculptrice Shira Zelwer

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture
Shira Zelwer dans son atelier
Shira Zelwer dans son atelier

Si vous vous promenez à Tel Aviv, et plus particulièrement sur le boulevard Ben Gurion, vous ne pourrez pas manquer les sculptures de l’ancien Premier ministre d’Israël David Ben Gurion et de sa femme Paula, oeuvres magistrales de ce quartier central. Nous avons rencontré celle qui leur a donné vie, à la perfection : la célèbre Shira Zelwer. L’artiste nous a accueillis dans son atelier, installé à Kyriat Hamelacha dans le sud de la ville, où sculptures en tout genre donnent le ton. L’univers de Shira est multiple mais il s’attache essentiellement à l’humain. Shira affirme son désir de ne pas toujours forcément coller à la réalité, tout en puisant l’inspiration dans son quotidien. Une personnalité inspirante dont le travail brouille volontairement les frontières entre art, sculpture et artisanat. Elle s’est imposée ces dernières années comme une figure singulière de la scène créative israélienne grâce à une approche exigeante de la matière, qui devient un véritable langage sculptural.


Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs expositions en Israël, où elles ont suscité un vif intérêt tant du public que des professionnels du monde de l’art et du design. À travers son travail, Shira Zelwer défend une vision engagée de la création : un art ancré dans la matière, dans le temps et dans la transmission, qui dialogue avec l’histoire tout en parlant résolument au présent. Son œuvre questionne autant notre rapport aux objets qu’à l’identité, à la mémoire et à la place du féminin dans les récits historiques.


"J’ai grandi à Jérusalem, mais très tôt j’ai senti que ma voie était ailleurs. Je n’ai pas été élevée dans un milieu artistique, je m’intéressais à tout sans avoir de connaissances particulières dans ce domaine. J’ai étudié à la Midrasha, à Beit Berl dans les années 2000, qui est l’une des meilleures écoles d’art en Israël. Ainsi, j’ai eu la chance d’approcher différentes disciplines. Au début, je n’avais aucune identité artistique, puis j’ai compris que ce qui me parlait le plus, c’était la sculpture: elle répondait à ce que j’avais besoin de créer", raconte Shira à Itonnews.


La grand-mère de Shira et son équipe de travail en Australie
La grand-mère de Shira et son équipe de travail en Australie

Donner une dimension humaine à l’art


À travers la sculpture, Shira prend rapidement conscience qu’elle peut modeler des choses qui ont une présence humaine, qui capturent un moment de vie, une vulnérabilité, et le côté fragile de l’existence. 


"La sculpture a une qualité très particulière : elle est physiquement présente. C’est une masse qui partage le même espace que nous. Il y a quelque chose de très puissant dans ce lien qui se crée entre la sculpture et la personne qui se tient face à elle. C’est cette relation directe, presque corporelle, qui m’a attirée vers la sculpture", souligne l’artiste.

Pour insuffler une humanité à la substance, Shira réalise ses sculptures en cire; car la cire évoque la chair. Elle est légèrement translucide, elle réagit à la température et est presque vivante. Contrairement au béton, qui est lourd et massif, ou à l’argile, qui est liée à la terre, la cire est instable.


Sculptures d'oiseaux
Sculptures d'oiseaux
"La cire a aussi une dimension poétique très forte. Quand on pense à quelque chose fait en cire, on pense immédiatement au fait qu’il peut fondre, disparaître. Il y a cette idée de temporalité, exactement comme avec l’espèce humaine. Nous aussi, nous sommes une matière fragile et périssable", déclare Shira.

373 sculptures d’oiseaux dans une exposition sensationnelle


Parmi les projets phares de l’artiste, figure l’exposition "Rassemblement d'oiseaux" présentée en 2022-2023 au musée de Tel Aviv, pour laquelle Shira a réalisé à la main 373 oiseaux issus de 86 espèces différentes. Un projet majestueux qui est né après avoir remporté le Prix Schiff, décerné par le Musée d’art de Tel-Aviv pour l’art figuratif.


"Les oiseaux me fascinaient depuis longtemps. Je crée toujours à partir de ce qui m’entoure. Israël est l’un des principaux carrefours de migration d’oiseaux au monde. J’ai consulté les listes de toutes les espèces observées en Israël et j’ai choisi de manière totalement intuitive. Je fonctionne à partir de mes ressentis et de la curiosité", affirme Shira.


Exposition "rassemblement d'oiseaux" à Tel Aviv
Exposition "rassemblement d'oiseaux" à Tel Aviv

Pendant un an, de cinq heures du matin à dix heures du soir, Shira a sculpté minutieusement pigeons, moineaux, perruches, mainates, mais aussi grues, pélicans, vautours, ou encore flamants roses. Elle a d’abord sculpté toutes les têtes, puis créé des moules pour pouvoir les reproduire. Les corps ont été construits sur des structures métalliques, recouvertes de mousse, puis de cire. Tandis que les plumes ont été sculptées, moulées, coulées, assemblées une à une puis peintes à l’acrylique.


"J’ai voulu élaborer un rassemblement impossible. Des oiseaux de milieux et d’époques différents, certains migrateurs, sédentaires, d’autres menacés d’extinction. Un ensemble qui ne pourrait pas exister dans la réalité. Et finalement, c’est devenu le miroir du monde dans lequel nous vivons. Une société composée de gens venus d’horizons divers, qui cohabitent, tant harmonieusement que difficilement. Les oiseaux incarnent la liberté, le mouvement, la capacité de prendre de la hauteur. Ils nous entourent sans que nous n’y prêtions attention", relate l’artiste.

De l’imaginaire des oiseaux aux sculptures grandeur nature, Shira Zelwer poursuit sa réflexion sur l’humain.


David et Paula Ben Gurion, comme tout le monde


Dans un genre complètement différent, Shira Zelwer a façonné les sculptures de Ben Gurion et de sa femme Paula à l’occasion des 50 ans de la mort de l’ex Premier ministre israélien. Ce projet est né d’une commande de la municipalité de Tel-Aviv. C’était la première fois que Shira créait à taille humaine. Ben Gourion est représenté avec les mains dans les poches, légèrement en retrait, presque plongé dans ses pensées. Paula, au contraire, est dans une posture plus affirmée, avec des couleurs plus vives.


David et Paula Ben Gurion
David et Paula Ben Gurion

Les sculptures ont été inspirées d’une photo prise à Sde Boker, par un photographe canadien. 


"Je voulais les représenter en tant que couple ordinaire, dans un moment de calme et d’intimité. Ben Gourion est plus effacé, plus silencieux tandis que Paula est plus dominante. Même face à une figure historique, ce qui m’intéresse reste l’humain, je voulais casser le mythe de l'icône. J’ai choisi de le représenter à un âge plus avancé, je ne voulais pas d’un Ben Gourion héroïque, jeune, figé dans une posture officielle. Au contraire, je le montre sous un aspect beaucoup plus relâché, presque nonchalant comme s’il venait de sortir de chez lui pour marcher dans le boulevard et nourrir les pigeons", explique Shira.

Shira travaille souvent à partir d’un sentiment très intime, parfois lié à la nostalgie ou à un souvenir personnel qui devient ensuite collectif. Lorsqu’elle a créé la serre – la hamama –, avec des plantes en cire, un projet dans lequel le spectateur entre physiquement dans l’installation, Shira a eu besoin de comprendre comment réaliser quelque chose de vivant, qui semble presque respirer sous nos yeux. La serre est un espace clos, protecteur, mais aussi extrêmement vulnérable. Tout peut s’y dérégler très vite.

Serre
Serre

Chaque sculpture est presque une énigme à résoudre. Shira a également réalisé une plante exposée au musée d’Israël, gezer kifach (carotte sauvage) que l’on trouve sur le bord des routes en Israël. 


Immeuble de Tel-Aviv sculpté ou encore œuvre réalisée à partir d’une photographie de sa grand-mère, lorsqu’elle travaillait dans un service de restauration en Australie exposée au musée des arts islamiques à Jérusalem, l’Oeuvre de Shira est vaste et aborde des thèmes très divers. 


Les cerfs
Les cerfs

Pour son nouveau projet, elle travaille sur le cerf israélien, qui a énormément de sens dans la culture israélienne et juive. "Ce n’est pas le renne spectaculaire de Santa Claus. C’est un animal modeste, local", dit-elle.


En parallèle, Shira prépare également une exposition personnelle qui aura lieu dans quelques mois. En quête perpétuelle d’identité, Shira cherche à faire ressortir la beauté de l’ordinaire et la simplicité. 


Caroline Haïat





 
 
 

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