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Dans l’atelier de Myriam Koffler, la céramique comme chemin de guérison

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 3 heures
  • 5 min de lecture
Les coquelicots
Les coquelicots

Modeler la terre pour soigner l’âme et guérir les blessures profondes, parfois refoulées, insoupçonnées. C’est chez elle, dans le nord de Tel Aviv, que l’artiste franco-israélienne Myriam Koffler accueille sa clientèle de tout âge. Installée en Israël depuis plus de 30 ans, Myriam a aménagé sur sa terrasse un véritable studio de céramique, qui n’a en réalité rien d’un atelier ordinaire. Ses propres créations ornent un espace vaste où naissent chaque semaine des dizaines d’œuvres à part entière, conçues par ceux qui s’y pressent et attendent de rencontrer Myriam avec impatience. Ici, des personnes de divers horizons se croisent, les pleurs côtoient les rires mais aussi les confidences, les silences et bien souvent l’épanouissement presque salvateur de certains. Myriam, c’est une personnalité atypique, au grand cœur et au caractère bien trempé, elle vit pour le don de soi : vibrer à travers la réalisation personnelle de l’autre, tel est son motto. Portrait. 


Myriam est célèbre pour son style figuratif libre, intégrant diverses techniques comme la cire, l'or, l'émail et les engobes qu'elle confectionne elle-même. Dès que l’on pénètre dans son antre, on est rapidement happé par un univers qui sort du lot : figurines en tout genre, sculptures de poupées représentant des personnalités connues, objets du quotidien mais aussi coquelicots de toutes tailles donnent le ton. Un salon aux allures d’un véritable musée.


Une passion transformée en mission de vie 


Myriam a commencé la céramique à l’âge de 8 ans à l’école, et ne s’est plus jamais arrêtée de créer. Elle a suivi de nombreux cours en France et en Israël, mais c’est juste après son divorce, il y a huit ans qu’elle décide de s’y consacrer pleinement. "La texture est magique, elle change en fonction du temps. La matière en elle-même me fascine", confie Myriam.


"Le décès de ma copine Judith il y a 16 ans a été un vrai tournant, elle a été ma première source d’inspiration pour les sculptures. Je l’ai représentée mais malheureusement sa figurine s’est cassée et je n’ai pas eu le courage de la refaire, mais cela a été le point de départ de ma collection de poupées. J’ai représenté entre autres David Bowie, Neta, Trump, la reine Elizabeth, Mike Jagger ou encore Messi", raconte Myriam à Itonnews.

Collection des poupées
Collection des poupées

Myriam prend alors conscience que la céramique est une véritable thérapie et veut transmettre sa passion à autrui, convaincue des vertus thérapeutiques de la terre. Très vite, elle se perfectionne, achète un four pour pouvoir réaliser toutes ses créations à domicile, du pétrissage au rendu final et met en place des ateliers qui connaissent un franc succès.


"Au début, les gens sont venus à moi via le bouche à oreille, puis j’ai reçu de nombreux groupes, notamment un groupe de français du Crif. Peu de temps après, j’ai eu mes premières commandes, j’ai notamment fabriqué toutes les assiettes à fromage du restaurant Par derrière à Yafo. C’est ainsi que l’aventure a débuté. Aujourd’hui, ma clientèle est très variée", assure Myriam.


Avant la guerre, Myriam accueillait environ sept personnes par atelier de deux heures. Puis le 7 octobre est arrivé et son business a pris une toute autre tournure. Elle a alors recueilli bénévolement des gros effectifs, dont des rescapés du festival Nova, des réfugiés du nord et du sud ainsi que des gens touchés de près ou de loin par les massacres.


Atelier de Myriam Koffler
Atelier de Myriam Koffler
"Le 7 octobre a tout changé pour moi. J’ai senti que Dieu m’avait confié une mission, celle d’aider ceux que la vie n’avait pas épargnés, qui se sentaient vulnérables, perdus et n’avaient plus la force de continuer à avancer. Certains n’étaient pas conscients de leur mal-être, tandis que d’autres étaient profondément stressés. J’ai été témoin de scènes dramatiques et compliquées à gérer, mais au final je me sens reconnaissante d’avoir pu participer à l’effort national dans une période aussi complexe que celle que nous avons vécue", explique Myriam.

"Des rescapées de Nova n’osaient même plus sortir de chez elles, la céramique les a sauvées. Certaines sont arrivées blessées, j’ai écouté les premiers témoignages de filles qui ont traversé le monde pour faire entendre leur histoire. Beaucoup ont confectionné des pièces pour mettre sur la tombe de leurs copains décédés, mais aussi des bougies et des objets en lien avec le souvenir", explique Myriam, soulignant que les moments d’entraide et de dialogue ont permis à ses clients de vivre une expérience unique. 


Le projet ambitieux des coquelicots


Quelques semaines après le début de la guerre en octobre 2023, Myriam a répondu à une annonce sur Facebook postée par Yafa Salomon pour participer au grand projet de réalisation de coquelicots en céramique intitulé "les coquelicots avant la pluie", en référence à la pluie de missiles qui s’est abattue sur Israël.


"Le coquelicot c’est la fleur d'Israël, c’est l'emblème. Il pousse en Israël, en général après la pluie, c’est le symbole de la résilience. Yafa voulait recruter des céramistes pour faire 1400 coquelicots en mémoire des 1400 morts tués par le Hamas. Il y a des règles à respecter, la couleur rouge est particulière et il faut faire des trous dans le coquelicot pour laisser passer la pluie. Les coquelicots ont ensuite été disposés dans tout le pays, à Nova, à Kfar Aza, dans des hôpitaux, sur des places ou encore dans des cimetières", raconte Myriam.

Le projet a pris une ampleur considérable. Les céramistes, avec l’aide de volontaires ont conçu plus de 160.000 coquelicots qui sont vendus à travers le monde, notamment au Canada, en Europe, aux Etats-Unis et même au Brésil. Ce projet a aussi donné l'opportunité à Myriam de se faire connaître davantage et de développer ses ateliers qu’elle adapte selon les besoins de ses clients. Elle leur prodigue des conseils, les aide dans toutes les étapes de la création et leur assure un suivi personnalisé.


Après avoir consacré deux années entières à la conception des coquelicots, Myriam revient peu à peu à des créations inspirées notamment de ses voyages. Passionnée par la découverte de contrées et de cultures nouvelles, elle n’hésite pas à élargir son champ des possibles et à s’aventurer en terrain inconnu. C’est d’ailleurs suite à un voyage inoubliable au Sénégal il y a quatre ans, que sont nés ses célèbres masques tribaux, "ce voyage m’a énormément inspirée, les gens, leur gentillesse et la beauté des paysages m’ont conquise."


Masque tribal
Masque tribal

Trois jours par an, Myriam organise chez elle des ventes privées où elle reçoit beaucoup de touristes venus spécialement acheter ses oeuvres. Elle participe également à l’expo de la mairie de Tel Aviv une fois par an en octobre et ses travaux ont été exposés dans la galerie Stern à Florentine et la galerie Bauhaus sur Dizengoff ainsi que dans un magasin à Paris.


Prochainement, Myriam va recevoir bénévolement des soldats qui ont été mobilisés plus de 600 jours sur le terrain, pour un atelier spécial dédié au stress post-traumatique. Dans un futur proche, Myriam espère travailler davantage pour la population qui souffre de traumatismes et apporter son soutien à ceux qui en ont le plus besoin. 


"La céramique, c’est réparateur. Cela permet de ne plus penser à rien, on est concentrés ! C’est le yoga de la tête : une réelle détente, un voyage, un sas de décompression et un lieu qui libère les émotions, alors pourquoi s’en priver?" conclut-elle.

Caroline Haïat



 
 
 

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