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Du cheval Shergar au Néguev : les leçons d’un échec institutionnel (analyse)

Photo du rédacteur: Kaid Abulatif
Kaid Abulatif
il y a 13 minutes
3 min de lecture
Shergar
Shergar

Entre un champ noyé dans le brouillard en Irlande en 1983 et une rue presque désertée du Néguev en 2026, quatre décennies et deux continents semblent tout séparer. Pourtant, l’enlèvement du célèbre cheval de course Shergar, propriété de l’Aga Khan, et la crise persistante de la criminalité dans la société arabe israélienne racontent, chacun à leur manière, une même question : que devient l’autorité de l’État lorsque ses institutions échouent à assurer la sécurité dans ses marges ?


Shergar disparaît en février 1983 dans le comté de Kildare en Irlande. Le cheval, devenu une légende après ses victoires exceptionnelles, ne sera jamais retrouvé. L’enquête sera marquée par plusieurs défaillances, dont l’incapacité de la police à exploiter à temps une piste téléphonique. Avec le temps, l’affaire est devenue un symbole du mystère mais aussi des limites de l’appareil sécuritaire face à une opération exceptionnelle.


Dans le Néguev en Israël, le problème est d’une autre nature. Il ne s’agit pas d’un événement unique, mais d’une insécurité devenue structurelle. En 2026, les habitants de plusieurs localités arabes vivent avec la peur des fusillades, des règlements de comptes et des violences criminelles. Commerces fermés, rues désertes, inquiétude autour des écoles: la criminalité finit par modifier les habitudes les plus élémentaires de la vie quotidienne.


La comparaison s’arrête toutefois là où les causes commencent à diverger. L’échec irlandais de 1983 relève d’une opération ponctuelle et de défaillances institutionnelles précises. Dans le Néguev, les difficultés sont décrites comme le résultat d’un problème accumulé sur plusieurs années.


Un rapport du contrôleur de l’État israélien publié en 2026 a notamment alerté sur la dégradation de la gouvernance dans le Néguev, en particulier dans les localités bédouines, et sur le manque de personnel dans les forces de police. Le rapport présente l’amélioration de la gouvernance dans le sud comme un enjeu stratégique pour Israël.


Deux récits s’opposent


Du côté des autorités israéliennes, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et la police défendent l’intensification des opérations contre les réseaux criminels. Selon les chiffres avancés par la police, les tirs auraient fortement diminué dans les localités bédouines du Néguev et plusieurs centaines de personnes auraient été arrêtées.


Dans la société arabe, une partie des critiques estime au contraire que les opérations sécuritaires ne peuvent suffire et dénonce des méthodes jugées disproportionnées ou stigmatisantes. Pour ces voix, sécurité, développement économique, services publics et égalité d’accès aux infrastructures sont indissociables.


C’est peut-être là que se trouve le véritable enjeu. La sécurité est-elle une condition du développement, ou le développement constitue-t-il lui-même une condition de la sécurité ?


Le débat ne peut cependant pas être réduit à une opposition entre répression et développement. Un État doit assurer la sécurité de ses citoyens, tandis qu’une politique de sécurité durable suppose également de s’attaquer aux facteurs sociaux, économiques et institutionnels qui permettent à la criminalité de s’enraciner.


Quarante-trois ans après la disparition de Shergar, son histoire continue de fasciner parce qu’elle n’a jamais connu de véritable conclusion. Dans le Néguev, l’absence de solution définitive produit un autre phénomène : la banalisation de la crise.


C’est peut-être ici que la métaphore du "cheval mort" prend tout son sens. Répéter indéfiniment les mêmes méthodes sans mesurer leurs résultats ne permet pas de sortir d’une crise. La question n’est donc plus seulement de savoir comment renforcer les opérations existantes, mais comment construire une stratégie capable de restaurer durablement la sécurité et la confiance.


Kaid Abulatif



 
 
 

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