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Quand le vote bédouin s’arrête aux portes de la Knesset (analyse)

Photo du rédacteur: Kaid Abulatif
Kaid Abulatif
il y a 1 jour
3 min de lecture
Une femme bédouine votant aux élections pour la deuxième Knesset. 31/07/1951
Une femme bédouine votant aux élections pour la deuxième Knesset. 31/07/1951

Il y a un chiffre qu’il faut regarder en face. Ce sont les mêmes citoyens, dans les mêmes localités, qui votent à des taux particulièrement élevés, parfois supérieurs à la moyenne nationale lorsqu’il s’agit des élections de leur conseil local. Mais lorsqu’il s’agit des élections à la Knesset, le taux de participation chute. Ce n’est pas une "culture politique" qui renonce à la démocratie, mais une participation électorale sélective et réfléchie qui affirme : "Ici, j’ai une raison de croire que ma voix a une valeur. Là, je n’en suis pas sûr."


On peut considérer cet écart comme un dysfonctionnement chronique. Mais on peut aussi, délibérément, le considérer autrement : comme l’un des rares espaces de la politique israélienne où il existe encore une matière première sur laquelle construire. Car le problème n’est pas un manque d’intérêt pour la participation démocratique, mais un manque de confiance envers un canal spécifique. Une telle matière première constitue une opportunité, et pas seulement un défi.


Deux défaillances, et non une seule


Il faut commencer par le problème le plus difficile à corriger. Un citoyen qui vote, sait que sa voix ne se traduira pas par une influence sur les décisions qui déterminent sa vie, non pas en raison d’une loi qui l’interdit, mais en raison d’une pratique politique persistante selon laquelle les partis arabes ne sont pas des partenaires naturels au sein d’une coalition. Jusqu’en 2021, jamais un parti arabe n’avait siégé au gouvernement. Et même alors, il s’agissait d’un précédent unique et fragile. La Loi fondamentale sur l'État-nation adoptée en 2018, y a ajouté un message symbolique clair. Non pas une mesure inclusive, mais une déclaration indiquant qui appartient et qui n’appartient pas.


Mais le tableau dressé ne serait pas tout à fait juste s’il s’arrêtait là. Pendant de nombreuses années, des courants importants de la politique arabo-israélienne ont choisi, pour des raisons idéologiques légitimes, de rester en dehors des coalitions, non pas parce qu’aucune proposition ne leur avait été faite. Une direction politique qui se définit elle-même à l’avance comme étant en dehors du jeu ne peut pas, dans le même temps, se plaindre de ne pas avoir d’influence sur le résultat.


La dissolution de la "Liste commune" et la compétition interne entre les partis arabes ne sont pas le résultat de pressions extérieures, et les recherches montrent qu’elles constituent un facteur direct de la baisse de la motivation à voter.


Qu’avons-nous appris malgré tout ?


En Irlande du Nord, le passage de plusieurs décennies de violence à un soutien de près de 90 % à l’institution commune ne s’est pas produit parce que l’un des deux camps aurait été "convaincu". Il a eu lieu parce qu’il avait été explicitement convenu qu’aucun des deux camps ne pourrait gouverner seul. La confiance est venue après le mécanisme, et non avant.


Le Voting Rights Act américain de 1965 enseigne également quelque chose de similaire, sous un autre angle : le taux d’inscription des Afro-Américains sur les listes électorales dans le Mississippi est passé de 6,7 % à 60 % en deux ans, non pas en raison d’un changement dans leur perception, mais grâce à la suppression d’un obstacle institutionnel concret.


L’expérience israélienne interne, celle de Ra’am et de Mansour Abbas en 2021, apporte un élément supplémentaire. Lorsqu’un parti arabe a pleinement joué le jeu institutionnel, notamment en participant au gouvernement et en négociant des budgets, la réaction du public juif a été positive. C’est un élément de preuve limité mais réel que lorsque la porte s’ouvre concrètement, et non seulement dans les déclarations, elle ne se referme pas nécessairement de l’autre côté.


Où est l’opportunité ?


Dans aucun de ces cas, un changement dans le sentiment d’appartenance n’a précédé le changement institutionnel : il lui a succédé. Et c’est précisément ce qui transforme le blocage arabo-israélien, d’une frustration chronique en une véritable opportunité.

L’écart ne dépend pas de quelque chose de caché et d'incontrôlable comme une "culture" ou une "identité", mais de variables institutionnelles relativement accessibles. Une représentation stable, une participation régulière aux coalitions plutôt qu’exceptionnelle, et la suppression des messages symboliques d’exclusion. Ce sont des choses que l’on peut construire, et pas seulement espérer.


Cela fait peser une responsabilité sur les deux parties simultanément. Il ne faut pas d’abord "convaincre" l’un ou l’autre de s'aimer. Il faut construire le mécanisme, puis laisser la confiance venir à son tour, comme cela s’est produit, de manière constante, dans chacun des cas examinés.


Kaid Abulatif


Originaire de Rahat dans le Néguev, Kaid est journaliste, agriculteur culturel, chercheur, dramaturge et metteur en scène.



 
 
 

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