Fondation Sivan Weil : quand la réhabilitation des soldats mobilise au-delà des frontières
- Caroline Haïat

- 16 janv.
- 5 min de lecture

"Faire beaucoup avec le minimum de bruit", tel était le motto du jeune soldat Sivan Weil, mortellement touché à Gaza par un tir de RPG du Hamas le 29 mars 2024. Pour perpétuer sa mémoire et poursuivre son engagement envers Tsahal, à qui il vouait un amour démesuré, sa famille a créé la Fondation Sivan Weil peu de temps après son décès. Grâce aux dons, chaque année, des soldats blessés bénéficient ainsi d’un accompagnement dans leur reconstruction physique et psychique au travers de projets de rééducation par le ski, que Sivan affectionnait tant. Sa maman, Hélène Weil nous a parlé de son fils disparu avec dignité, humilité et parfois humour, laissant transparaître la relation spéciale qui les liait. Son mari, Julien se bat aujourd'hui sans relâche pour faire prospérer cette Fondation, qui a donné un nouveau sens à leur vie.
"J’aimerais évidemment qu’on se souvienne de Sivan le plus longtemps possible, même si sa vie s’est arrêtée très vite. En 20 ans, il a eu le temps de faire des choses extraordinaires. Depuis toujours, il avait cet esprit collectif, il aimait les sports d’équipe, il pratiquait dès l’enfance le foot, le volley et le basket", raconte Hélène Weil, évoquant le souvenir de son fils Sivan avec beaucoup d’émotion.
La famille Weil fait son alya de France en 1998. Sivan naît à Tel Aviv en 2003, puis grandit à Ra’anana, entouré de ses deux frères et de sa jeune sœur, ainsi que de nombreux amis. La famille évolue au sein d’une bande d’amis où quatre garçons dont Sivan naissent la même année et deviennent inséparables. Chabbat, fêtes, vacances, sorties extrascolaires : les moments passés ensemble se multiplient, un lien indéfectible se crée.

Tsahal, le rêve d’une vie
Très rapidement, Sivan se passionne pour l’armée et ne rêve que d’une chose:
intégrer une unité d’élite. Grâce à ses capacités physiques et mentales hors du commun, il se fait une place de choix dans Tsahal et rejoint la prestigieuse unité Egoz. Un parcours personnel qu’il va vivre pleinement, tout en se mettant au service des autres. Sivan était profondément tourné vers autrui.
"C’était une grande fierté pour lui, il avait un mental d’acier, rien ne le dérangeait. Il restait parfois des semaines à la base sans rentrer à la maison les weekends, il remontait le moral de ses frères d’armes, il les aidait. On le surnommait le soleil, tout d’abord parce qu’il était blond mais surtout parce que son énergie transcendante rayonnait, il faisait toujours des blagues. Il illuminait le chemin de ceux qui le croisaient", se rappelle Hélène avec nostalgie.
Fortement attiré par le terrain et l’adrénaline, Sivan aimait se sentir utile, ça le faisait vibrer. Quand la guerre éclate le 7 octobre 2023, Sivan prend sa mission très à cœur. "Quelle chance on a d’être à Egoz en cette période" dit-il alors à un ami, fier de pouvoir accomplir son devoir, sentant que son service militaire prend alors un tournant sans précédent. Il rassure sans cesse sa mère rongée par l’inquiétude…
Le premier jour de la guerre, Sivan combat avec son unité pour libérer le kibboutz Kissufim. Il a ainsi sauvé de nombreuses vies. En janvier 2024, il doit être opéré d’urgence de l’appendicite puis décide un mois plus tard de repartir au combat coûte que coûte pour achever sa mission. Une détermination de fer que rien ni personne ne pourra entraver.
Le 29 mars 2024, Sivan et son équipe se trouvent dans un bâtiment à Gaza lorsqu’ils sont violemment touchés par un tir de RPG. Il décédera de ses blessures deux jours plus tard, le 31 mars à l’hôpital Soroka, ainsi que son ami proche Alon, tandis que le reste du groupe s’en sortira avec de grave blessures. Les organes de Sivan ont été donnés par sa famille, son cœur bat aujourd’hui dans la poitrine d’un jeune Arabe chrétien de Galilée.

Guérir l’esprit et le corps par les sports extrêmes
Un an après la tragédie, plusieurs soldats de l’unité de Sivan, blessés lors du drame, ont eu l’immense chance de bénéficier d’un séjour au ski en Bulgarie spécialement organisé et financé par la Fondation Sivan et l’association Shevet. Cette dernière, fondée il y a plus de deux décennies, a pour mission principale de soutenir et autonomiser les vétérans blessés de Tsahal. Les soldats blessés sont entraînés via un skimulateur à Holon et partent ensuite au ski accompagnés de moniteurs spécialisés : une expérience qui sort de l’ordinaire et marque ces jeunes à jamais. Sur place, ils dévalent les pistes de 8h à 17h, un format très intensif qui leur apporte du baume au cœur.
"Il faut qu’ils aient au moins une jambe qui puisse fonctionner. Cela leur donne une force incroyable, déjà quand tout va bien cela peut faire peur alors imaginez handicapé! Ils sont très très bien encadrés, après une semaine ils descendent des pistes. Ils ont l’impression de pouvoir tout surmonter, et d’affronter leur quotidien plus facilement à leur retour, mais surtout, cela les motive dans leur processus de réhabilitation. Une fois qu’ils ont terminé une session, certains sont capables de skier seuls, ils peuvent ensuite partir avec des copains et parfois mieux se débrouiller qu’eux sur les pistes!" souligne Hélène.
Cette année, du 18 au 25 janvier, un groupe de parachutistes qui ont survécu aux attaques du Hamas à Gaza s’envoleront pour la station des Ménuires en France.
Transformer la blessure en force collective
La Fondation Weil s’est engagée à financer le voyage d’une équipe de soldats blessés par an. D’autres projets ont également vu le jour; notamment des ventes de vin et de bières au nom de Sivan pour les fêtes juives avec les bénéfices reversés à la fondation. Mais aussi un concert réunissant plus de 500 personnes et des tournois de sport dédiés à encourager le dépassement de soi en hommage à Sivan.

En outre, à l’occasion de l’anniversaire de Sivan, le 31 octobre dernier, plus de 200 personnes se sont réunies pour célébrer la vie et la mémoire du jeune homme lors d'une marche dans les hauteurs de Jérusalem suivie d'un pique-nique. Dans un tout autre registre, l’artiste Yoel Benarroche a offert à la famille une lithographie avec la valse des anges et un passage de la torah pour Sivan; cinquante autres sont à vendre et les fonds seront reversés à la Fondation.
La Fondation Sivan Weil avance aujourd'hui pas à pas grâce aux campagnes de dons réalisées en France, en Angleterre et aux Etats-Unis. Elle ne demande qu'à prendre de l'ampleur et à prouver que la "puissance du mental donne la force de tout surmonter", un message qu'Hélène s'efforce de transmettre partout où elle va, porte-voix de Sivan, qui ne cessait jamais d'y croire.
Lien pour soutenir la Fondation Sivan Weil : https://sivanweilfoundation.org/notre-focus/
Liens pour acheter vins et bières : https://pay.grow.link/d728b36a8ebadcf53fc548879c93107b-MTk5MTgwMA
Caroline Haïat




Commentaires