top of page

Mikael Benitah, l’artisan qui grave les valeurs juives dans le bois

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture
Mikael Benitah
Mikael Benitah

Une passion pour le bois devenue une mission de vie. Dans l’informatique depuis une décennie, Mikael Benitah était loin d’imaginer que sa vie changerait du tout au tout en découvrant presque par hasard son amour pour le bois. Ce franco-israélien installé à Jérusalem depuis 17 ans est aujourd’hui reconnu pour ses créations uniques qui mêlent design et judaïsme, toutes porteuses d’une forte valeur symbolique. Il s’est notamment fait connaître à travers des œuvres réalisées en mémoire des soldats tombés pendant la guerre. Le 7 octobre, Mikael prend conscience que sa vocation change de camp : il est passé d’un engagement individuel à un véritable dévouement pour autrui, "j’ai compris que Dieu m’avait peu à peu dirigé vers un chemin différent, grâce auquel j’ai la chance d’apporter ma touche personnelle à l’Histoire", dit-il. Portrait d’un artisan à part entière. 


Né à Marseille, Mikael a obtenu son bac en France puis a suivi un an d’école religieuse (yéshiva) en Israël avant de repasser par la France étudier l’informatique pendant trois ans. Peu après, il se marie en Israël et fait son alyah. Mikael occupe un très bon poste au sein de l'entreprise de télécommunications Annatel où il évolue rapidement, mais il n'est pas pleinement épanoui. Un événement tout à fait banal va alors provoquer chez le jeune homme un réveil, un appel vers un monde qui le fait réellement vibrer. 


Terre d'Israël
Terre d'Israël
"Il y avait un espace dans mon balcon que je devais combler, je suis alors tombé sur des photos de tsimer -chalet- en demi rondin et je me suis lancé seul dans ce projet sans aucune notion de menuiserie. J’ai passé des nuits entières sur YouTube à regarder des tutoriels et le déclic a été immédiat : je suis tombé amoureux du bois. Cette matière m’a littéralement fasciné et j’ai compris que je voulais créer sans limite", raconte Mikael Benitah.

Mikael, artisan du bois autodidacte, fait des rencontres avec des professionnels du métier qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie, décelant l’immense talent du jeune homme. Mikael partage ses travaux sur les réseaux puis au vu du succès, quitte l’informatique pour se consacrer uniquement au bois. Il construit un petit atelier de 8 mètres carrés sur sa terrasse et y passe la plupart de son temps, à imaginer des créations, plus folles les unes que les autres.


"Mon travail se divise en deux, je fais tout aussi bien des pergolas, des travaux d'extérieurs sur le bois et mais aussi de l’artisanat avec le bois brut. Et pour être honnête c’est ce qui m’anime, c’est ce qui touche mon âme. Je fonctionne beaucoup avec les ondes et les énergies, je suis quelqu’un de très spirituel. Dieu m’a permis de trouver ma passion et c'est un vrai don", explique Mikael. 


Magen David
Magen David

Le 7 octobre, un tournant majeur


Comme pour la majeure partie des Israéliens, la guerre du 7 octobre a totalement bouleversé la vie de Mikael. N’étant pas spécialement sioniste auparavant, cet événement tragique l’a touché dans sa chair et a été une sorte de révélation : il devait agir pour le peuple. Il décide là encore de mobiliser sa passion pour le bois au service de la population. Comme la plupart des abris (mamad) ne fermaient pas correctement et n’étaient donc pas aux normes, Mikael a décidé de faire des planches en bois qui s’insèrent directement dans la poignée et permettent de sécuriser ces pièces. Il en a ainsi offert 4.000 à des Israéliens qui le nécessitaient. 


Depuis près de trois ans, le succès de Mikael ne cesse de grandir. Son secret? Allier le bois, -notamment le bois de chêne qu’il affectionne particulièrement- à l’époxy afin d’obtenir des créations hors du commun comme son célèbre plateau de Pessah avec la mer qui s’ouvre, rappelant l’histoire des Hébreux sauvés d’Egypte.


Plateau de Pessah
Plateau de Pessah
"Le plateau de Pessah que j’ai imaginé est conçu comme une véritable narration visuelle, à la fois symbolique et profondément ancrée dans l’histoire du peuple juif. Au centre, j’ai voulu représenter le récit des Bnei Israel, en suivant une lecture chronologique et fluide. D’un côté apparaissent les pyramides d’Égypte, évoquant l’esclavage et l’oppression. De l’autre, la liberté retrouvée. Entre les deux, la mer qui s’ouvre et une écume qui traduit la puissance et le miracle de cet instant. On perçoit ainsi le passage des Hébreux à travers la mer, puis leur arrivée sur une terre sèche, craquelée, figée, marquant à la fois la fin de l’épreuve et l’entrée dans une nouvelle réalité", affirme Mikael.

Le choix d’un plateau rond n’est pas anodin. Il symbolise le cycle, une idée fondamentale dans l’histoire du peuple juif. Depuis des millénaires, un même schéma semble se répéter : lorsque le peuple s’éloigne, surgissent des épreuves, incarnées par des ennemis ; puis vient le temps de la prise de conscience, du retour — la techouva — et enfin de la délivrance. Ce mouvement cyclique, inscrit dans notre histoire depuis plus de 3 000 ans, est ici matérialisé dans la forme même de l’objet.


Le judaïsme comme source d’inspiration


Le peuple d'Israël, la terre d'Israël et le divin : trois notions clés que l’on retrouve dans les œuvres de Mikael et qui lui donnent l’opportunité de relayer ses messages.


Animé par les défis et la nouveauté, Mikael aime recevoir des commandes spéciales de la part de ses clients. Certaines l’ont particulièrement challengé autant sur le plan professionnel que personnel et émotionnel. Il a notamment réalisé des oeuvres pour les femmes qui ont perdu leur mari ou fils à la guerre.


Bouquet de fleurs dans le bois
Bouquet de fleurs dans le bois

"L’une d’elle avait reçu un bouquet de fleurs de la part de son mari au front et il est décédé le jour même. Cette histoire m’a tellement ému, je me suis dit qu’il fallait rendre éternel ce bouquet, qui représentait le dernier cadeau d'un mari à sa femme. J’ai séché les fleurs puis je les ai incorporées dans le bois afin d'en conserver la mémoire. La symbolique est très forte et pour moi, cela vaut tout l’or du monde, rendre les gens heureux", relate Mikael.


Fêtes juives, notions de couple, enfants, nature, mariage, Mikael n’attend qu’une chose : pouvoir concrétiser toutes ses idées dans le bois en laissant une empreinte durable, à la croisée de l’art, de la foi et de l’histoire du peuple juif. Plus qu’un artisan, Mikael incarne une génération qui cherche à donner du sens à son parcours et à transformer ses talents en engagement.




Caroline Haïat


 
 
 

Commentaires


bottom of page