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À Ein Harod, l’art raconte les multiples visages de l’identité juive

  • Photo du rédacteur: Caroline Haïat
    Caroline Haïat
  • il y a 18 minutes
  • 3 min de lecture
Yefim Ladizhinsky
Yefim Ladizhinsky

Après plusieurs décennies, le musée d'art Mishkan à Ein Harod dans le nord d'Israël dévoile à nouveau les éléments architecturaux d’origine de son premier bâtiment, inauguré en 1948. La réouverture s’accompagne d’une exposition consacrée aux signes et aux représentations de l’identité juive. Le 4 septembre prochain, le musée inaugurera la rénovation de sa première aile, considérée comme l’un des premiers espaces muséaux permanents dédiés à l’art en Israël. Cette rénovation cherche à retrouver l’esprit architectural imaginé par Samuel Bickel, en redonnant leur place à des éléments qui avaient été recouverts ou modifiés au fil des décennies.


"Al Panav, Yehudi", organisée par Deborah Liss présente des objets de judaïca et des symboles, tout en explorant la définition de l'identité juive. Sur le corps, dans la maison ou dans l’espace public, certains objets et certains signes peuvent identifier une personne comme juive. Une kippa, des téfilines, un foulard, mais aussi des objets rituels ou des représentations artistiques peuvent devenir des marqueurs d’appartenance.


L’exposition met ainsi en regard des symboles issus de la tradition juive et d’autres signes associés à l’identification des Juifs par les sociétés qui les entouraient. Parmi eux figure notamment le numéro tatoué sur le bras des survivants de la Shoah.

La question dépasse donc largement la pratique religieuse : a-t-on besoin d’un signe extérieur pour se définir comme juif ? Et qui décide de ce qui permet d’identifier quelqu’un comme tel ?


Un musée né dans un petit atelier


L’histoire du musée Mishkan commence bien avant la création de l’État d’Israël. Le 7 janvier 1938, l’artiste Haim Atar, membre du kibboutz Ein Harod et l’un des fondateurs du musée, transforme un petit baraquement en bois qui lui sert d’atelier en un espace consacré à l’art. Dix ans plus tard, le premier bâtiment permanent du musée est inauguré. Il est conçu par Samuel Bickel, architecte dont la vision moderniste accorde une place centrale à la lumière, aux proportions et à la circulation des visiteurs.


Naftali Bezem
Naftali Bezem

La construction du musée se poursuit alors progressivement au cours des années suivantes. En 1957, alors que la plupart des salles d’exposition, la salle des colonnes, la cour des sculptures et les galeries du nord sont achevées, l’entrée du musée est déplacée vers la façade ouest, où elle se trouve encore aujourd’hui. Le bâtiment porte ainsi les traces de plusieurs décennies de transformations, mais aussi de l’histoire mouvementée du kibboutz lui-même.


Retrouver l’architecture originale


La rénovation actuelle a été menée par l’architecte spécialisé dans la conservation Rafael Cohen, en collaboration avec Reut Earon. L’un des principaux objectifs était de retrouver certains éléments du projet original de Bickel. La porte d’entrée historique, située sur la façade sud face au mont Guilboa, a ainsi été rouverte. Des escaliers qui étaient recouverts depuis plusieurs décennies ont également été dégagés, faisant réapparaître un axe de circulation reliant la façade sud aux salles supérieures situées au nord. De nouvelles vitrines ont été installées tandis que certaines extensions ajoutées au fil des années ont été retirées.


Samson Lemberger
Samson Lemberger

Pour Orit Lev-Segev, directrice générale du Mishkan, cette rénovation représente un projet à la fois architectural, patrimonial et financier particulièrement complexe. Elle estime qu'elle permet aujourd'hui de renouer avec l'architecture originale du bâtiment tout en offrant un nouvel écrin aux collections du musée.


Le vernissage aura lieu le 4 septembre, peu après le 18 Eloul (31 août), date à laquelle le kibboutz Ein Harod a célébré son 105e anniversaire. À travers la rénovation de son architecture et une exposition consacrée à l’identité, le Mishkan fait ainsi dialoguer deux formes de mémoire : celle d’un bâtiment qui retrouve progressivement son visage originel et celle d’une identité qui, génération après génération, continue de se réinventer.


Caroline Haiat


 
 
 

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