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Tel-Aviv : Tamir Zadok et Ziv Balbirsky se penchent sur l’école, le corps et la perception de soi

Photo du rédacteur: Caroline Haïat
Caroline Haïat
il y a 22 heures
3 min de lecture
 Ziv Balbirsky
 Ziv Balbirsky

À travers deux univers artistiques très différents, Tamir Zadok et Ziv Balbirsky explorent une même question : comment l’individu se construit-il lorsqu’il est confronté à un environnement qui lui échappe ? Présentées dans une même exposition à Tel-Aviv, leurs œuvres proposent deux approches complémentaires. Zadok s’intéresse au fonctionnement d'un groupe confronté à la rupture de l’ordre établi, tandis que Balbirsky se tourne vers l’expérience intime, le corps et la difficulté de se reconnaître soi-même.


Au cœur de la présentation consacrée à Tamir Zadok se trouve The Art School, une nouvelle œuvre vidéo réalisée sur une année avec la participation d’étudiants en art.

Dès les premières minutes, un drone se pose sur un plateau tournant au sein d'un établissement d'enseignement. Ce geste apparemment simple déclenche une succession d'actions qui se déroulent avec la précision d'un protocole.


Progressivement, cependant, le fonctionnement habituel de l'école se dérègle.

L'espace pédagogique se transforme alors en un environnement presque autonome. Les outils, équipements et matériaux destinés à l'enseignement changent de fonction et deviennent les éléments d'un système improvisé de survie.


Zadok brouille ainsi les frontières entre fiction cinématographique, performance et installation. L'enseignement traditionnel des arts visuels, avec ses exercices de dessin et de sculpture classiques ou ses références à l'histoire de l'art, cohabite avec des gestes inspirés des avant-gardes artistiques : abstraction, formalisme, minimalisme et installation. L'école devient progressivement autre chose qu'un lieu d'apprentissage. Elle devient un espace dans lequel les élèves et leur enseignant doivent s'organiser face à une situation qu'ils ne contrôlent plus.


Tzadok lui-même apparaît parfois au cœur de ces actions. Lorsqu'il transporte des socles sur son dos dans un effort qui semble ne jamais devoir finir, la scène prend une dimension presque absurde et burlesque. Elle renvoie également à certaines références majeures de l'art israélien tout en conservant l'humour caractéristique de son travail.


Tamir Zadok
Tamir Zadok

Ziv Balbirsky : peindre ce que l'on ne parvient pas à voir


Avec Ziv Balbirsky, le regard se déplace du collectif vers l'intime. Diplômée de l'Académie des Beaux-Arts de Beit Berl en 2025, elle a reçu pendant ses études plusieurs distinctions, dont la bourse d'excellence de l'Académie en 2024 et 2025 ainsi que le prix de l'exposition individuelle de la galerie de Kfar Saba en 2025. En 2026, elle a également présenté son travail dans le cadre de l'incubateur d'artistes de la foire Fresh Paint.


Sa peinture part de scènes extrêmement ordinaires. La salle de bain de son appartement devient son principal sujet. Mais plutôt que de représenter son corps ou son visage de manière précise, Balbirsky choisit de travailler à partir de son reflet déformé par la vapeur, l'eau et la buée. Le résultat est une peinture située entre figuration et abstraction.


Ses œuvres naissent d'une documentation photographique du quotidien. Elle sélectionne ensuite les images qui retiennent son attention et les transpose principalement à l'huile sur toile, tout en travaillant également le dessin au crayon et la gouache.


Ce qui l'intéresse est précisément ce qui échappe à une représentation nette.


"L'incapacité à se voir"


Dans ses œuvres, la salle de bain devient un espace profondément personnel. Le miroir devrait normalement permettre de se voir avec précision. Chez Balbirsky, il produit au contraire une image incertaine. La vapeur brouille les contours du visage et du corps. L'eau transforme la surface du miroir. Le reflet devient instable, presque étranger.


Cette difficulté à se reconnaître devient le point de départ d'une réflexion sur l'identité et la perception du corps. L'artiste explore ainsi l'écart entre l'expérience intérieure de soi et la manière dont le corps apparaît réellement.


 Ziv Balbirsky
 Ziv Balbirsky

Paradoxalement, c'est lorsqu'elle ne parvient plus à distinguer clairement son propre visage qu'elle semble se sentir le plus proche de son image. Le flou n'est donc pas une imperfection à corriger. Il devient un langage pictural.


L'eau, la vapeur et les reflets qui disparaissent progressivement sont transformés en matière picturale. Ce qui était par nature éphémère devient alors permanent sur la toile.


"Le peindre me permet de m'y attarder, d'y rester un peu plus longtemps", explique Balbirsky.


Chez Tamir Zadok, il faut reconstruire le monde avec les moyens disponibles. Chez Ziv Balbirsky, il faut accepter de ne pas toujours pouvoir se voir clairement. Deux démarches différentes, mais une même intuition : l'art peut transformer l'incertitude en espace d'observation, d'expérimentation et de création.


Leurs oeuvres sont à découvrir à la galerie Rosenfeld à Tel Aviv jusqu'au 5 décembre.


Caroline Haïat



 
 
 

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