Israël : Drom Adom, quand la floraison devient récit national
- Caroline Haïat

- il y a 6 heures
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Drom Adom n’est pas seulement un festival floral, c’est une mise en récit du territoire où nature, mémoire et résilience nationale se rejoignent. Chaque année, entre la fin de l’hiver et le début du printemps, le Néguev connaît une métamorphose spectaculaire. Après les pluies saisonnières, des milliers de coquelicots rouges, kalaniyot en hébreu, recouvrent soudainement les champs et les collines d’un manteau écarlate. Ce phénomène naturel, d’une intensité visuelle saisissante, constitue le cœur du festival Drom Adom, littéralement "Sud Rouge", devenu au fil des ans l’un des événements les plus emblématiques du calendrier israélien.
La floraison des coquelicots ne dure que quelques semaines. Les visiteurs affluent de tout le pays pour contempler ces étendues rouges qui semblent onduler sous le vent. Familles, photographes, randonneurs, groupes scolaires ou encore touristes se pressent pour admirer les coquelicots.
Le festival est né d’une volonté stratégique de valoriser le Néguev, région agricole située à proximité de la bande de Gaza et longtemps perçue à travers le prisme sécuritaire. Les autorités locales et les communautés rurales ont cherché à mettre en avant les atouts du territoire. Drom Adom est ainsi devenu un outil de développement régional. Les exploitations agricoles ouvrent leurs portes, les producteurs locaux proposent leurs spécialités, les artisans exposent leurs créations et les sites patrimoniaux accueillent des visites guidées.
Au-delà des champs eux-mêmes, le programme comprend des concerts, des ateliers pour enfants, des parcours cyclistes, des marchés fermiers et des rencontres culturelles. Les kibboutzim et moshavim de la région participent activement à l’organisation. Cette mobilisation collective renforce le tissu social local et génère un impact économique significatif pour les petites entreprises, les chambres d’hôtes et la restauration.
Le coquelicot occupe une place singulière dans l’imaginaire israélien. C'est l'emblème du pays. Fleur sauvage fragile en apparence, il pousse pourtant avec vigueur dans des sols parfois arides. Cette capacité à surgir après l’hiver, à éclore massivement puis à disparaître aussi rapidement qu’il est apparu, nourrit une lecture symbolique. Dans un pays marqué par des défis historiques et contemporains, la kalanit est souvent perçue comme un signe de renouveau et de continuité. Elle incarne la vie qui persiste malgré les épreuves.
Sur le plan environnemental, la préservation des champs de coquelicots impose une gestion attentive. Les organisateurs mettent en place des parcours balisés afin d’éviter le piétinement excessif. Des campagnes de sensibilisation rappellent aux visiteurs l’importance de respecter la flore sauvage.
Au fil des années, Drom Adom s’est imposé comme un moment de cohésion nationale. Il conjugue développement local, célébration de la nature et affirmation identitaire. Le festival montre comment un phénomène botanique saisonnier peut devenir un vecteur de récit collectif. Dans ces champs rouges, chacun projette une part de son propre rapport au pays, à la mémoire et à l’avenir.
Drom Adom rappelle que la relation à la terre en Israël n’est pas uniquement agricole ou géographique. Elle est aussi émotionnelle, historique et profondément ancrée dans la conscience collective.
Caroline Haïat




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