Portrait d’Estée : peinture et écriture pour saisir le réel


Plasticienne et écrivaine, Estée explore depuis une quinzaine d'années la peinture et l’écriture : deux langages qu’elle réinvente pour raconter son histoire. Sans jamais établir de hiérarchie entre eux, elle les met en valeur comme deux modes d'expression complémentaires. Autodidacte installée à Paris, Estée s’est créé un univers artistique nourri par ses voyages, ses rencontres et les émotions que les lieux font naître en elle. Depuis deux ans, elle prépare le projet de sa vie, un recueil nommé "J'écoute" qui comporte une vingtaine de textes et une vingtaine d'œuvres. Une plongée dans l’intime, des sensations mises à nu et un monde entier dévoilé au public. L’écriture d’Estée ne cherche pas à raconter le réel, mais à en saisir les résonances. "Écrire est pour moi une manière de regarder autrement, de ralentir ce qui passe, de retenir ce qui échappe", dit-t-elle. Découverte.
"Tout a commencé avec la peinture et le collage. Puis, l'écriture est venue les compléter. Je me suis rendu compte que ce que j'essayais de transcrire au travers de mon art visuel avait une certaine limite et j'avais besoin de mettre des mots sur ce que je ressentais, sur mes impressions, mes sensations. J’ai alors couché sur le papier des textes poétiques, qui sont peu à peu devenus des écrits introspectifs", raconte Estée.
Peinture et écriture : deux univers qui s’entrechoquent et correspondent
Estée met sur le même plan ses différents arts, elle les fait coexister pour créer un tout harmonieux. Sa peinture, née de la nécessité de retenir ce qui, autrement, disparaîtrait, est très intuitive, elle ne vient pas illustrer les textes, au contraire, elle les prolonge et fait voir l’indicible. Les mots quant à eux, permettent à l’artiste d’évoquer avec précision ses souvenirs et son vécu en leur donnant du sens.
"J’essaie de transformer tout ce que je traverse et mes moments de vie en peinture, collage ou écrits", explique Estée.
L’inspiration, elle la puise dans tout ce qui l’entoure, son quotidien, sa vie, l’environnement urbain, les bruits, les odeurs, les couleurs, les sentiments et surtout les voyages, sa thématique de prédilection.

Voyager pour vibrer
Dans son œuvre, Estée alterne entre paysages extérieurs et intérieurs, entre ce qui est vu et ce qui est ressenti, entre l'expérience vécue et ce qu'elle fait naître en nous. Les paysages proposés par Estée font émerger des émotions et des questionnements jusque-là insoupçonnés.
"Le voyage, c'est quitter ses habitudes, ses repères pour plonger dans l’inconnu; de ce fait, on devient beaucoup plus attentif à ce que l’on perçoit, à ce que l'on peut ressentir chez les gens, ainsi qu’aux lieux que l’on visite. Une lumière, une architecture, une odeur, une couleur, etc., une atmosphère, tout ça va s'imprégner en moi et va devenir une forme de combustible pour créer ensuite. Le voyage réveille chez moi des ressentis que je transmets ensuite dans mes œuvres", affirme Estée.
Remise en question, ouverture sur le monde et introspection sont au cœur de son œuvre. Au cours d’un processus de transformation et de sublimation, Estée, ne cherche pas à décrire les lieux qu’elle dévoile mais plutôt à en extraire les sensations imprimées en elle.
De l’individuel à l’universel
Partir d’un fragment. Dans un style qui lui est propre, Estée travaille à partir d’éléments épars qu’elle assemble, notamment grâce à la technique du collage qu’elle affectionne particulièrement. Chaque élément est choisi et travaillé avec minutie, en laissant une large place à l’instinct. Son univers est notamment marqué par l’influence de Basquiat et de Raoul Dufy, deux artistes qui nourrissent chez elle un dialogue entre énergie, légèreté, force et délicatesse.

"Je sélectionne des lettres et des mots que je découpe dans les journaux, ils deviennent des balises pour mes compositions. Je récupère aussi des matériaux dans la rue car j’attache beaucoup d’importance à l’environnement", déclare Estée.
L’œuvre n’est pas seulement autobiographique ; elle transforme l’intime en expérience partageable.
"J’aime emmener le spectateur hors des sentiers battus, où il va pouvoir parfois se perdre un petit peu dans mon art avant de retrouver son chemin. Les toiles sont des traversées, parfois des errances, des déambulations colorées dans des territoires cachés de moi-même", affirme l'artiste.
Estée compte déjà à son actif plusieurs expositions, notamment dans les bibliothèques parisiennes, au Carrousel du Louvre mais aussi à Miami.
Un recueil éclectique
Les thèmes abordés dans les textes d’Estée sont très variés : amour, couleurs, nature, voyages, mer mais aussi sa judéité à laquelle elle donne une place de choix.
"Mon identité juive est très forte, même si en France, je ne suis pas spécialement pratiquante. J’espère vraiment faire découvrir mon travail au public francophone d'Israël. J’aimerais intensifier mon lien avec Israël. La judéité, c’est quelque chose de très personnel, c’est le fait de se sentir reliée à des lieux, des villes, des paysages qui représentent des étapes d'une histoire plus vaste, celle de l'exil, pour continuer à exister. Ma judéité ne m'éloigne pas du monde, elle m'y attache davantage", explique Estée.

Le projet d’Estée, encore en cours d'élaboration, entend bien accorder une grande place au public. Estée veut laisser la possibilité à chacun d’interpréter ses textes et ses œuvres pour qu’il se les approprie pleinement. Elle termine son œuvre sur le texte "vivre", qui mentionne que nous sommes tous des "toiles inachevées, des mélanges de lumière et de poussière".
"Vivre, ce n'est pas être une couleur parfaite, c'est accepter d'être un paysage fait d'orage, de matin clair et de matin blême", conclut-t-elle.
Site web d'Estée : https://www.galeries-estee.com
Caroline Haïat





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