Quand Picasso quitte le musée: une chorégraphie de l’absence au Mishkan d’Ein Harod
- Caroline Haïat
- il y a 1 jour
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Pourquoi et comment des œuvres de Picasso ont-elles quitté les collections d’un musée israélien ? Cette question, aussi troublante que révélatrice, est au cœur d’un nouveau projet artistique présenté pour une durée limitée au Mishkan d’Ein Harod dans le nord d'Israël. Intitulée Chorégraphie pour une collection, cette création inédite du collectif international Public Movement, dirigé par l’artiste Dana Yahalomi, sera présentée chaque week-end tout au long du mois de janvier.
Créée spécifiquement pour le Mishkan et pensée comme un hommage critique à son histoire, l’œuvre s’appuie sur une recherche approfondie des collections du musée et des décisions – idéologiques, politiques et symboliques – qui ont façonné leur évolution depuis les années 1950.
Public Movement, connu pour ses performances dans des institutions majeures telles que le Guggenheim de New York, le MAXXI de Rome ou encore le Musée d’art de Tel-Aviv, interroge ici le musée non seulement comme espace d’exposition, mais comme acteur historique et politique.
La performance se concentre sur la circulation des œuvres : celles qui ont été acquises, échangées, données ou tout simplement effacées des inventaires officiels. Parmi les cas évoqués figure celui de gravures originales de Pablo Picasso, cédées dans les années 1950 en échange d’une œuvre de l’artiste juif Maurycy Minkowski. À l’époque, cette décision reposait sur la conviction que le Mishkan avait une mission particulière : préserver, mettre en valeur et sauver l’art juif après la Shoah. Un choix qui, rétrospectivement, soulève des questions complexes sur la hiérarchie des valeurs artistiques et sur le rôle idéologique des institutions culturelles naissantes de l’État d’Israël.

Durant la performance, quatre membres de Public Movement guident le public à travers les différentes galeries du musée. Par le mouvement, la posture et la présence physique, ils incarnent des œuvres absentes de la collection actuelle. Ces œuvres “fantômes”, privées de leur matérialité, réapparaissent sous une forme vivante, presque spectrale. Le corps devient archive, mémoire et support de transmission : un musée vivant de ce qui fut et n’est plus.
La performance se déroule au cœur même des espaces d’exposition, en dialogue direct avec les œuvres accrochées. Cette proximité crée une tension saisissante entre présence et absence, entre objet et corps, entre histoire officielle et mémoire refoulée. Les œuvres incarnées semblent hanter les murs du Mishkan, témoins silencieux des choix, des renoncements et des idéaux qui ont façonné son identité.
Les représentations auront lieu les vendredis 9 et 30 janvier, ainsi que les samedis 17 et 24 janvier. Chaque performance, d’une durée d’environ vingt minutes, est proposée toutes les demi-heures sur plusieurs heures. Le nombre de participants est volontairement limité à seize personnes par session, afin de préserver l’intimité et l’intensité de l’expérience.
Caroline Haïat
